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Musique originale © copyright Thiazung
PIÈGE VIRTUEL
Dangereux périple au coeur dun jeu vidéo !
Alain MOREAU
science-fiction © Piège virtuel 1998
ISBN du fichier numérique : 2-7481-2217-8 et ISBN du roman imprimé : 2-7481-2216-X
![]() © Pages et Plage 2001 Création Alain Moreau |
Chapitre 1 | Chapitre 2 | Chapitre 3 | Chapitre 4 | Chapitre 5 | Chapitre 6 |
Chapitre 7 | Chapitre 8 | Chapitre 9 | Chapitre 10 | Chapitre 11 | Épilogue |
Toute ressemblance ou homonymie avec des personnes existantes ou ayant existé serait fortuite et involontaire. 1
Matthieu consulta la carte interstellaire qui scintillait sur son écran, elle ressemblait maintenant à une immense toile daraignée multicolore. À bord de son vaisseau de transports rapides il avait sillonné toute la galaxie, joint toutes les planètes et toutes les colonies artificielles de lespace. La majorité de ses missions lui avaient été discrètement confiées par les services secrets de lEmpire galactique. Il ne lui restait plus quune voie à découvrir, cétait son dernier vol avant de rejoindre la Terre. Allons-y en douceur. Je ne sais pas pourquoi, jai lintuition que cette dernière étape est un piège mais je saurai bien men sortir, dit-il à haute voix en déclenchant les puissants réacteurs dans un hurlement aigu. Il vérifia son énergie, activa le champ de force et frappa rapidement les coordonnées de la prochaine station. Son vaisseau spatial sébranla, et soudain le temps parut sarrêter. À quarante mille kilomètres de sa destination, un message autoritaire lui intima lordre de stopper son vol, il sagissait dun énorme bâtiment impérial. Matthieu appuya sur une touche, consulta lécran de contrôle, et les caractéristiques de son interlocuteur apparurent. Sa puissance de feu est dix fois supérieure à la mienne, mais il est trois fois moins rapide. De toute façon, je suis en mission secrète et je nai pas le droit de répondre, pensa le jeune pilote, passant outre. Six points lumineux lui indiquèrent quune unité de petits intercepteurs de combat sétait lancée à ses trousses. En revanche, ceux-là sont deux fois plus rapides que moi, constata-t-il, en vérifiant lintensité de son champ de force et en pointant ses puissants lance-missiles. Il connaissait leur tactique dapproche, dabord un dépassement au ras du fuselage, puis une série de figures dintimidation. Seulement dhabitude, les cargo-transporteurs nétaient pas armés, mais celui de Matthieu disposait dune puissance de feu sans équivalent. Venez mes agneaux, murmura-t-il, en ajustant son tir. Il appuya six fois sur la gâchette et les points lumineux disparurent. En souriant, il reprit la vitesse de la lumière, et lil rivé sur la barre dénergie qui fondait à toute allure, le jeune homme ne mit que quelques secondes pour rejoindre lultime planète. Cétait un repaire de confédérés, et de puissants vaisseaux de guerre lencerclèrent. Sans tenir compte des avertissements agressifs quil captait sur la radio de bord, dun souple mouvement du poignet sur le levier de commandes, Matthieu se glissa doucement vers la piste datterrissage, tout en évitant les nombreux tirs de missiles. Laéroport grouillait de militaires et le jeune homme sentit une sueur froide couler sur sa nuque. Il déposa son chargement et fit le plein dénergie. À cet instant, un message apparut sur lécran. « Mission accomplie, vous êtes crédité de trente mille devises. Vous pouvez vous détendre quelques jours sur cette station-relais, nous vous contacterons prochainement. » Le jeune homme jeta un nouveau regard sur laéroport, il savait quil ne trouverait sur place que des bars à soldats. Très peu pour moi, je préfère rejoindre la Terre tout de suite. Il composa un nouveau code et senvola sans demander son reste. Les vaisseaux de guerre, qui sillonnaient le ciel, ne lui firent aucune difficulté. À trente mille mètres de la planète, un puissant éclair blanc léblouit. Matthieu vérifia ses écrans, la planète-relais venait dexploser. Cétait donc cela ma livraison ? Je lai échappé belle. Ils avaient sans doute lintention de se débarrasser aussi de moi, pensa-t-il en frissonnant. Je ferai mieux de changer de vaisseau, si je veux regagner la Terre sans encombre. Le jeune homme activa son radar, il y avait quelques signaux dans son champ daction. Il repéra un petit transporteur postal, qui se dirigeait vers Vénus et nallait pas tarder à croiser sa route. En dix secondes, il lavait rejoint et lança un premier tir dintimidation. Le commandant de bord ne résista pas, et léquipage senfuit aussitôt dans une navette de secours. Matthieu arraisonna le petit bâtiment, et vérifia son contenu sur lécran de contrôle. Il ny avait plus âme qui vive, juste des sacs postaux quil plaça dans ses soutes. Il arma le transporteur, programma la destination de Vénus sur son propre vaisseau, et alors que les robots sactivaient pour léchange, il revêtit sa combinaison spatiale et se rendit vers son nouveau véhicule. Dans le poste de pilotage, il pianota les coordonnées de la Terre, et séloigna rapidement, en calculant quil aurait à peine trois jours de vol. Il venait tout juste de séloigner, quand cinq vaisseaux de guerre légers le croisèrent, sans lui accorder la moindre attention. Le jeune homme vérifia leur destination. Ils se dirigeaient droit sur son ancien moyen de transport, qui explosa au premier tir. Il était temps, pensa-t-il. Deux jours plus tard, il croisait la Lune, apercevant enfin la Terre. Sa mission prenait fin et il admira la Planète bleue, toujours aussi belle. Cela faisait bientôt trois ans quil lavait quittée. Pour plus de discrétion, il se posa en plein désert de Californie et disparut dans un petit 4x4. Alors « Victory » safficha sur lécran et, délaissant son joystick, Matthieu regarda les chiffres safficher. Trois cent cinquante millions de points. Vous êtes au premier rang, donnez votre nom. Matthieu frappa son prénom et ferma le programme, puis il parcourut le disque dur de son ordinateur. Tous les jeux quil contenait, il les connaissait maintenant par cur. Jai terminé celui-ci en trois heures seulement, il nétait pas mal, mais vraiment trop rapide. Il sétira sur son fauteuil, se leva et rejoignit sa mère, qui lisait sur la terrasse de leur propriété. Le temps était superbe, et il décida de piquer une tête dans la piscine qui jouxtait la maison. Tiens, te voilà enfin ? lui dit sa mère, en riant. Je pensais que tu nallais pas encore décoller de ton écran. Le jeune homme sortit du bassin, et sallongea sur un bain de soleil. Jai fini le dernier jeu, il était super mais je nen ai plus, je les ai tous terminés. Comme cest triste, tu vas tennuyer se moqua sa mère. Téléphone à tes copains, et allez faire un tennis. Ils sont tous partis en vacances. Il se sécha rapidement, enfila un tee-shirt californien et un bermuda, puis il vérifia le contenu de son portefeuille, et constata quil avait tout juste de quoi soffrir un nouveau CD-Rom. Maman, je vais au centre commercial chez le revendeur, pour voir sil a reçu de nouveaux jeux. Noublie pas de fermer ton casque, sinon il ne sert à rien. As-tu assez dargent ? Jai cinq cent francs. Ne tinquiète pas je le boucle toujours, répondit le garçon, tout en enfilant son casque. La résidence était déserte, et la route qui menait au centre commercial, à dix kilomètres de là, traversait la forêt de Saint-Germain. Matthieu aimait bien lemprunter, son scooter ne dépassait pas les soixante km/h et sur cette voie étroite et bordée darbres, il avait limpression de rouler plus vite. Une demi-heure plus tard, il stationnait devant la vitrine dun magasin spécialisé. Il plaça son casque dans un coffre situé sous la selle, vérifia son antivol, et activa son alarme. Ces petits engins disparaissaient souvent très vite, et il sen était déjà fait voler un. À lintérieur de la boutique, le vendeur, qui le connaissait bien, le salua en lui faisant un clin dil complice. Bonjour jeune homme, avez-vous vu le bijou quils viennent de sortir ? Matthieu admira le dernier ordinateur gris graphite, en un seul bloc, muni de loption télévision et dinternet. Il est superbe, et encore plus puissant que le mien qui na que six mois et de plus, il est au même prix, cest étonnant Tout va tellement vite. Ils parlent déjà dun nouveau modèle, encore plus rapide, même moi je narrive pas à suivre à peine en magasin, je suis obligé de les solder. Pour les logiciels cest pareil, ils évoluent deux fois par an. Matthieu sourit poliment et parcourut les rayons, sans trouver ce quil cherchait, les nouveautés étaient rares. Alors quil décryptait une jaquette de simulateur de vol en anglais, un homme dune trentaine dannées, style étudiant attardé, laborda. Rien de bien nouveau, dans cette boutique. Tu cherches quoi, au juste ? Un jeu daventures qui sorte de lordinaire, répondit le jeune homme. Jaimerais trouver à la fois une quête, des poursuites en voiture ou en avion et des combats. Quelque chose qui dure plus de trois heures, jai épuisé tous les autres tellement vite Je mappelle Gilles Boris, et je conçois des jeux vidéo. Je recherche des jeunes qui accepteraient de les tester, et je viens den terminer un très complet. Si tu veux, je ten prête un exemplaire. Je te demande simplement de me faire un rapport écrit sur ses qualités et ses défauts. Tu serais daccord ? Avec plaisir ! Je mappelle Matthieu Tréson. Tester un nouveau jeu, cest génial, acquiesça le jeune homme. Tu verras, il est très excitant et dure plusieurs jours. Au fait, quel âge as-tu ? poursuivit Gilles Boris. Si tu as plus de seize ans, jai le droit de te rémunérer pour cela, je peux te payer mille francs pour un test. Super ! Je viens tout juste davoir seize ans. Cest parfait. Donne-moi ton adresse, et je viens linstaller chez toi, ce soir. Je ne peux pas te confier de CD-Rom, je ne dispose que dun seul prototype. Matthieu confia son adresse, et rentra chez lui, impatient de découvrir ce nouveau jeu. De plus, il allait être payé pour cela, avec mille francs il aurait de quoi soffrir dautres logiciels Il informa aussitôt sa mère de cette rencontre inattendue. Cest bien, tu vas pouvoir toccuper, tu as de la chance, en plus tu vas gagner de largent À vingt heures précises, Gilles Boris sonnait chez lui, un boîtier sans jaquette à la main. Matthieu le présenta à ses parents, et il guida son nouvel ami vers sa chambre, où un puissant ordinateur multimédia ronronnait. Linformaticien glissa le disque argenté dans son lecteur, et pianota pour lintégrer dans lespace mémoire. Le logiciel pesait lourd, et Matthieu en conclut quil devait être très complet. Heureusement que jai encore de la place disponible sur le disque dur, pensa-t-il. Voila, tu peux louvrir maintenant, tout est paramétré, dit Gilles Boris, en souriant. Tu nes pas au bout de tes surprises, et tu ne regretteras pas de mavoir connu. Naurais-tu pas quelque chose à boire ? Je meurs de soif, avoua-t-il soudain. Bien sûr ! Excusez-moi, répondit Matthieu, confus, en se précipitant vers la cuisine. Il revint très vite, une bouteille de coca et deux verres à la main. Il les remplit, et prit place en face de lordinateur, subjugué par le jeu qui souvrait devant ses yeux. Il sappelait « Piège virtuel », ce nom sonnait comme une promesse, et Matthieu laimait déjà. Il sapprêtait à commencer une partie, lorsque Gilles Boris lui tendit son verre. Tiens Matthieu, tu nas pas touché à ton coca. Le jeune homme le remercia, et but dun trait, sans quitter des yeux lécran qui le fascinait. |
2 Le labyrinthe infernal Matthieu se réveilla douloureusement, avec limpression que sa tête pesait une tonne. Bon sang, mais que marrive-t-il ? Jai la tête comme un tambour. Encore à demi inconscient, la mémoire lui revint doucement. Gilles Boris, est venu installer un nouveau jeu-test sur mon ordinateur. Il ma demandé une boisson et ma tendu un verre, alors que jétais occupé à le découvrir. Ensuite, je ne me souviens de rien. Il fouilla sa mémoire, mais à part la visite de Gilles Boris, il ne voyait rien dautre. De son cerveau embrumé, comme dans un rêve il se vit dehors, il faisait nuit noire et il montait dans une automobile, dont il narrivait pas à situer la marque. Seul le souvenir dune odeur de cuir et de bois, mêlée à celle dun havane le hantait Il sortit doucement de sa torpeur, et regarda autour de lui. Il se trouvait dans une pièce sans fenêtre et sans porte, faiblement éclairée, elle devait mesurer trois mètres sur cinq, et semblait tapissée de feuilles de métal verdâtres, quil trouva sinistres. Il se mit debout, et entreprit de faire le tour de cette pièce. Elle ne disposait daucun mobilier, une chaleur lourde y régnait et il manquait doxygène. Il leva la tête vers le plafond qui était lui aussi en métal, avec en son centre un pâle néon. En baissant les yeux vers le sol, en béton brut et lisse, il ne put retenir un cri de surprise. Mais ! Comment ? Il était vêtu dun tee-shirt blanc et dun jean, avec des rangers aux pieds ! À ses côtés, un revolver était posé à terre, et plus loin un petit sac à dos quil ouvrit. Il vérifia son contenu : cinq chargeurs, un long couteau de chasse et des provisions de survie. Un large ceinturon, où étaient accrochés un fourreau pour le couteau, un étui pour le revolver et cinq autres chargeurs, complétait sa tenue. Ma parole ! Je rêve ou je deviens fou ? sexclama-t-il. Une folle panique le prit Je dois absolument sortir dici ! Par mesure de sécurité, il vérifia le bon fonctionnement du revolver, avec une dextérité qui létonna. Il navait, jusqualors, jamais touché à une arme. Puis il glissa le couteau dans son étui, se leva, et fit le tour de sa prison, poussant sur toutes les parois, sans trouver la moindre ouverture. Et que vont dire mes parents ? Ils vont sûrement sinquiéter, je suis peut-être ici depuis longtemps En relevant la tête, il remarqua que la pièce était ceinturée par une barre de fer rouillée, à au moins trois mètres cinquante du sol. Sportif comme je suis, je ne risque pas de latteindre. Cest impossible, constata-t-il découragé. Matthieu parcourut à nouveau du regard sa sinistre prison, et fixa la barre de fer, qui semblait le narguer. De toute façon, je nai pas le choix. Je dois essayer ! Il prit du recul, et courut vers le mur du fond, bondit, en prenant appui sur la tôle avec son pied droit, se détendit, et retomba lourdement sur le sol. Il essaya cinq fois, et sécroula, épuisé. Des cris, à lextérieur de la pièce, lui redonnèrent du courage. Il sélança une nouvelle fois, en regardant fixement cette maudite barre, et la saisit enfin. Elle ne bougea pas. Il avança doucement, à bout de bras, et entreprit de faire le tour de la pièce. Soudain, au centre dun des murs, la barre de fer descendit et, dans un sinistre grincement, une des plaques se releva, dévoilant une ouverture. Matthieu sauta, et se rétablit en souplesse. Si mon prof de gym me voyait, il nen croirait pas ses yeux. Le jeune homme sortit doucement, en empoignant le revolver. Bien lui en prit, deux hommes lui faisaient face, ils avaient le crâne rasé et le regard fixe, étaient vêtus dun treillis vert, et armés de fusils à pompe. Ils se précipitèrent vers lui, larme levée. Matthieu recula, apeuré. Halte, ne bouge plus ! crièrent-ils, en épaulant leur arme, menaçants. Refoulant langoisse qui le gagnait, Matthieu leva son revolver. Sans vraiment viser, il lempoigna à deux mains, comme il lavait vu faire dans les films, et appuya sur la gâchette. À sa grande surprise, il fit mouche du premier coup, et les deux hommes sécroulèrent raides morts. Alors une horrible envie de vomir le prit, et il se plia en deux, dans le fond de la cellule. Des bruits de pas et de nouveaux cris percèrent ses tympans. Sans plus réfléchir, il rengaina son arme et se précipita hors de la pièce. Il se trouvait dans un vaste couloir, recouvert dun granit qui ressemblait à une pierre tombale, et qui le fit frissonner. Il ny avait quune issue possible, et Matthieu courut vers le bout du couloir, où une lueur indiquait la sortie. À lextrémité, il constata que la lumière venait dune large fenêtre, à droite et à gauche, il y avait deux couloirs, aussi sinistres que le précédent. Il regarda par louverture, impossible de sauter, le sol était au moins à vingt mètres et le mur en béton brut était totalement lisse. Mais où suis-je donc ? Je nai jamais vu un tel paysage. Le ciel était rouge vif avec un soleil orange. À lhorizon, on discernait des montagnes austères, très sombres, il ny avait pas un souffle de vent, et une chaleur pesante émanait de lextérieur. Matthieu toucha le rebord métallique de la fenêtre et retira brusquement sa main, en criant de douleur. Il était brûlant. Son hurlement avait dû alerter dautres hommes, car il entendit des bruits de pas rapides et des aboiements, venant du couloir de gauche. Cinq hommes armés apparurent, et des balles sifflèrent autour de lui. Pesant le pour et le contre, il enjamba la fenêtre et sauta dans le vide. Lorsquil toucha le sol, il ressentit comme un éclair et se retrouva dans la cellule quil venait de quitter ! Il savait maintenant comment faire pour ressortir et reprit le processus, en saisissant la barre de fer du premier coup. Les deux gardes étaient à nouveau présents. Il les descendit une seconde fois, se munit dun des fusils à pompe, vérifia le chargeur, et prit les munitions accrochées à la ceinture des deux hommes. Puis il enfila le couloir au galop et partit en courant dans celui de droite, sentant ses poursuivants se rapprocher inexorablement. À lextrémité du couloir, il y avait un mur, surmonté dune étrange sculpture avec quatre lettres entrelacées, quil ne prit pas la peine de déchiffrer. En posant sa main gauche sur la sculpture, Matthieu déclencha louverture dun passage, et découvrit une pièce identique à celle dans laquelle il sétait éveillé. Le jeune homme ne se retourna pas, lorsquil entendit le panneau se refermer. Il avait compris quil était à nouveau prisonnier, mais maintenant il connaissait la tactique pour sortir de la cellule. Il sapprêtait à sauter pour attraper la barre de fer au plafond, lorsquun cri le retint. Au secours ! Par pitié ! Il se retourna et scruta la pénombre. Un homme était couché, à langle de la pièce, visiblement grièvement blessé, baignant dans son sang. Il devait avoir trente ans et paraissait athlétique. Sa tenue vestimentaire frappa Matthieu, il était habillé exactement comme lui mais navait plus darme, son étui était vide. Le jeune homme constata que linconnu avait toujours son couteau, et sapprocha doucement, le canon du fusil dirigé vers lui. Ne tirez pas, je vous en prie, nous sommes dans le même camp, supplia le blessé. Jaimerais bien savoir de quel camp vous parlez. Je me suis réveillé dans une cellule de ce type, et je ne sais toujours pas par quel funeste miracle, répondit Matthieu. Je vais vous lexpliquer, si vous baissez votre arme. Mais tout dabord, soignez-moi, vous avez ce quil faut dans votre sac, logiquement. Sans poser son arme et sans quitter linconnu des yeux, Matthieu saccroupit et vida le contenu de son sac sur le sol de la cellule. La boîte de pilules bleues, ouvrez-là. Et, comme le jeune homme hésitait Faites-moi confiance, il ne sagit pas dun piège. Matthieu lui tendit la boîte, en baissant son fusil. Lhomme avala une pilule et sembla revivre. Une seconde plus tard, il se redressait et se reculait en écartant doucement les bras, pour montrer quil nétait pas armé. Matthieu constata quil nétait pas plus grand que lui, malgré les apparences. Je vous imaginais plus grand. En fait, nous faisons approximativement la même taille. Nous faisons effectivement la même taille, deux mètres dix, exactement, avec cent vingt kilos de muscles, ce qui nest pas notre morphologie habituelle. Mais, je vois que vous ne savez pas encore où nous sommes. Et devant le regard interloqué de son compagnon, lhomme rit tristement. Nous sommes, vous et moi, prisonniers du « Labyrinthe infernal », cest du moins comme cela que je lai appelé. Jy suis depuis plusieurs heures ou plusieurs jours, je ne sais pas. La seule chose dont je suis convaincu, cest que nous ne pourrons pas en sortir sans avoir fini. Mais sans avoir fini quoi ? sinquiéta Matthieu. Avez-vous essayé de sauter par la fenêtre ? se contenta de lui répondre linconnu. Oui, des hommes armés me tiraient dessus. Je me suis, malheureusement, retrouvé au point de départ. Voilà, moi aussi, et bien dautres fois encore, jen ai conclu que je ne pourrai pas sortir sans tuer tous les occupants de cet endroit maudit. Mais tout dabord, je dois vous conter mon aventure. Je mappelle Serge Alès et suis informaticien, je conçois des jeux vidéo et je travaille quelquefois avec Gilles Boris, qui est bien connu pour sa réussite dans ce domaine. Je venais de terminer un jeu de courses automobiles et le testait avec lui, il fonctionnait parfaitement et nous avons décidé de fêter cette réussite, en portant un toast que Gilles ma servi Puis je me suis retrouvé dans cette cellule, avec la tête en plomb La suite, vous pouvez aisément limaginer, jai fini ici, privé darme et grièvement blessé après avoir exploré ce labyrinthe, sans trouver la sortie. Mais, cest monstrueux ! Moi aussi jai connu Gilles Boris, il ma demandé de tester un nouveau jeu et il ma aussi offert un verre. Vous ne pensez tout de même pas que cest lui le responsable ? Je préfère ne pas y penser. La seule chose que je sais, cest que nous devons en sortir, en massacrant tous les occupants sil le faut. Je pense que vous avez raison, Serge. Au fait, je mappelle Matthieu Tréson et jai seize ans, répondit le jeune homme, en lui tendant le fusil à pompe et des chargeurs. Puis il sauta, pour saccrocher à la barre de fer qui courait autour de la pièce. La porte souvrit en grinçant, bruit couvert par des aboiements rageurs et les tirs de Serge. Lorsque Matthieu toucha terre à nouveau, son compagnon dinfortune avait déjà abattu cinq hommes, et trois chiens bizarrement violets. Le jeune homme se précipita, pour récupérer un fusil et de nouveaux chargeurs. Comme dautres gardes surgissaient, ils souvrirent un passage à coups de fusils, se fournissant en munitions sur les cadavres. Ils rejoignirent à nouveau la fenêtre doù Matthieu avait sauté, et sengagèrent dans le second couloir. Tu las déjà visité celui-ci ? demanda Serge. Et comme son jeune compagnon faisait non de la tête, il ajouta : Si nous atteignons la grande salle, nous pourrons sortir, mais je reste persuadé quil faut tous les tuer avant. Je suis déjà revenu trois fois ici, et jaimerais en finir maintenant. Il venait de terminer sa phrase, lorsquune rafale de mitraillette le fit chanceler, dix hommes étaient sortis dune porte invisible et les attaquaient. Matthieu répliqua aussitôt et en abattit deux, puis savançant, il récupéra une mitraillette et liquida les autres. Son compagnon, qui sétait écroulé sous la rafale, prit une nouvelle pilule, se redressa, et saisit lui aussi une mitraillette. Cours, cours sans te retourner ! Nous devons atteindre la grande salle coûte que coûte, hurla-t-il. Les jeunes hommes se propulsèrent dans le couloir et atteignirent une immense pièce ronde de vingt mètres de diamètre, avec au centre une sorte de pyramide bâtie de pierres blanches, qui contrastaient étrangement avec le métal verdâtre qui tapissait les murs. Ils la rejoignirent en courant, gravirent une trentaine de marches et se retournèrent. Bien leur en prit, huit monstrueux chiens violets se ruaient sur eux, ils les abattirent en trois rafales de mitraillette et continuèrent leur ascension. Au sommet de létrange pyramide, Matthieu constata quil y avait un temple en marbre blanc, avec un piédestal rond ; il le contourna rapidement, suivi par Serge. Alors que des gardes atteignaient la pièce en vociférant, un objet, posé sur le sol, attira son attention. On jurerait un pistolet laser ! Là, je suis vraiment en plein rêve. Leurs poursuivants sapprochaient et encerclaient lédifice, ils devaient être trente, tous armés de mitraillettes, et ressemblaient à des zombies. Eh bien, mon vieux, tu na plus quà apprendre à te servir de cet engin au plus vite, se dit Matthieu affolé. Il observa larme. Elle était totalement lisse et une diode clignotait, affichant vraisemblablement la charge. Juste au-dessus, un bouton marqué de un à dix devait permettre dajuster lintensité du tir, il semblait réglé au maximum. Le jeune homme saisit doucement le pistolet, il était très léger ; à la place de la gâchette il y avait un unique bouton. Matthieu pointa le canon vers les assaillants et appuya sur la détente, ils tombèrent comme des mouches. En fait, le maniement était ultra simple, Matthieu navait ressentit aucun recul, pourtant la puissance de feu était considérable. Il vérifia la diode de charge, elle navait pas bougé. Il venait des gardes de tous les côtés, maintenant. En courant autour du temple et, sans sarrêter de tirer, le jeune homme cherchait vainement une issue. Soudain, il découvrit un interrupteur rouge sur le piédestal, se hissa prestement sur celui-ci, et tendit la main pour lactionner. Non Matthieu ! Pas maintenant ! Il faut tous les liquider dabord, si nous ne voulons pas revenir, hurla son compagnon dinfortune. Ils terminèrent le travail, épuisés par le nombre dassaillants, un silence impressionnant fit suite à ce vacarme sanglant. Prudemment, ils visitèrent tout le bâtiment. Serge poussait sur les murs, de temps en temps, découvrant un passage secret et tirant sur tout ce qui bougeait à lintérieur. Il récupéra ainsi son revolver, son sac et sa ration de survie, puis un second pistolet laser. En fait, il sagit dun véritable labyrinthe, sexclama Matthieu. Saviez-vous quil y avait autant de passages ? Serge semblait hésitant, et le jeune homme en conclut quil connaissait déjà la plupart de ces passages. Non, mais nous devons en découvrir dautres, il nous faut absolument des pièces dor. De lor ! Mais pourquoi faire ? Limportant cest de sortir dici, il ny a vraisemblablement plus aucun survivant. Pour la prochaine étape nous avons besoin dor. Jai déjà actionné le bouton du temple avant de me retrouver dans ma cellule, blessé et sans arme, rétorqua Serge, énigmatique. Eh bien, cherchons encore, approuva Matthieu en sondant les murs avec son poing. Ils étaient dans une petite pièce ronde, en marbre blanc sculpté. Une centaine de ronds, aux initiales entrelacées, faisaient le tour de la pièce, à un mètre cinquante de hauteur. Avez-vous une idée de ce que veulent dire ces quatre lettres ? demanda le jeune homme. « B.G.P.C. », il me semble oui, épela Serge en pâlissant. Ou plutôt, « G.B.P.C. », Gilles Boris Power Computing. Je nose pas y croire ! Alors ce serait vraiment lui qui nous aurait envoyés ici ? Comment est-ce possible ? Après quelques minutes de recherche, Matthieu actionna louverture dun nouveau passage secret ; un escalier en colimaçon faiblement éclairé montait vers une destination inconnue. Ils lempruntèrent puis se figèrent. Un triple rugissement terrifiant se fit entendre, juste au-dessus deux. On dirait des lions monstrueux, murmura Matthieu en frémissant. Ils vérifièrent le bon fonctionnement de leur pistolet laser et gravirent les marches, en retenant leur souffle. Ils atteignirent une immense chapelle de granit avec de grandes ouvertures en ogive, inaccessibles, au travers desquelles ils pouvaient apercevoir limpressionnant ciel rouge. Un puissant rugissement les rappela à la réalité, trois lions les attaquaient. Matthieu nen avait jamais vu de pareil, ils étaient orange, avec des yeux injectés de sang, et trois fois plus gros quun lion ordinaire. Imité par son compagnon, il leva son pistolet laser et tira comme un forcené. Ils abattirent chacun le leur, et alors que le troisième chargeait, ils se regardèrent effarés, leurs pistolets laser ne fonctionnaient plus. Sans se concerter, ils coururent chacun de leur côté, en faisant le tour de la pièce. Le monstre parut hésiter un moment. Les deux jeunes hommes profitèrent de ce court avantage pour rejoindre le centre de la chapelle, et gravirent un escalier, qui menait à un nouveau temple, identique à celui quils avaient déjà identifié. Visiblement, le lion était trop gros pour pénétrer entre ses piliers, et cela leur laissait un peu de temps. Essayons de trouver quelque chose ici, proposa Serge, en explorant leur refuge. Sur un des piliers, il découvrirent une sorte de boîtier clos, muni dune serrure. Trois mots étaient inscrits sur la porte, « Save », « Load » et « Escape ». Nous devons à tout prix ouvrir ce panneau, dit Serge. Un rugissement confirma ses propos, le lion attaquait à nouveau, en se jetant sur les piliers du temple qui vacillait. Regardez Serge, il a une clé autour du cou, les autres lions avaient peut-être la même. Occupez-le avec votre revolver, je vais voir. Serge tira sur le lion, visiblement sans succès. Pendant ce temps, Matthieu redescendit et courut vers le cadavre du lion le plus proche, il avait aussi une clé que le jeune homme saisit prestement. De retour vers le temple, il se trouva nez à nez avec le dernier monstre, qui, dune chiquenaude, lenvoya voler sur un des piliers. Matthieu, entre vite ou il va te dévorer ! cria Serge, en lempoignant par le tee-shirt, sans cesser de tirer. Tu es mal en point, tiens prends une pilule bleue. Le jeune homme avala la pilule et se sentit brusquement revivre. Prestement, il ouvrit le boîtier et présenta la diode de son pistolet laser devant un témoin lumineux, sur lequel était inscrit « Load ». Son pistolet fonctionna aussitôt, en émettant un Bip sonore. Venez vite charger votre laser, Serge, je moccupe de cette créature du diable, cria Matthieu, en tirant sur le lion qui sécroula, littéralement coupé en deux. Nous devons actionner « Save » avant toute chose, dit Serge. Au moins, nous ne nous retrouverons pas dans une cellule, mais ici, si nous avons un problème Je dois tout dabord trouver de lor, et récupérer une clé, si nous étions séparés, ajouta-t-il. Il sexécuta, en sondant les murs. Très vite, un passage souvrit et un nouveau lion en sortit. Serge labattit froidement, pénétra dans la pièce et rejoignit Matthieu, avec quatre sacs emplis de pièces en or, sur lesquelles étaient gravées les mêmes initiales. Il en tendit deux à Matthieu. Maintenant, allons-y ! dit-il en actionnant linterrupteur. Ils ressentirent comme une grande décharge électrique, puis plus rien. Serge prit la main de Matthieu et appuya sur « Escape ». Un immense éclair rouge les enveloppa, et ils se retrouvèrent à lintérieur du temple de la salle ronde, médusés. La salle était à nouveau remplie de chiens violets, qui les attaquèrent aussitôt. Ils les éliminèrent tous, vidant leurs pistolets laser. Plus moyen de recharger les laser ici, et je nai pas envie de refaire le labyrinthe. À dieu va ! constata Serge, en actionnant le commutateur rouge, situé sur le piédestal central. |
3 Carole Tréson sourit en regardant la pendule de la cuisine. Il était presque onze heures, et Matthieu navait toujours pas bougé. Lorsque Gilles Boris avait quitté la maison, la veille, il leur avait dit que leur garçon sétait endormi. Douze heures de sommeil cela suffit. Il va prendre son petit déjeuner à midi, si cela continue. Je vais le réveiller. Elle ouvrit doucement la porte de la chambre de son fils. Il sest couché en laissant son ordinateur allumé, constata-t-elle, en se dirigeant vers la porte-fenêtre pour ouvrir les rideaux. Cest lheure de se lever, jeune homme, dit-elle en se retournant. Soudain, elle se figea. Matthieu nétait pas dans son lit, et celui-ci nétait même pas défait ! Affolée, elle appela le bureau de son mari. Je voudrais parler à Pierre Tréson, de la part de son épouse. Elle lobtint aussitôt et lui expliqua sa découverte, dune voix chargée dangoisse. Jappelle Francis tout de suite. Ne tinquiète pas, la rassura Pierre. Il raccrocha, et composa le numéro de son ami Francis Pugeol, qui était détective privé. Francis ? Nous avons un sérieux problème, notre fils Matthieu a disparu. Il na même pas couché dans son lit. Vous vous êtes disputés hier ? Cest peut-être une fugue. Quel âge a-t-il au juste ? Il a seize ans. Son ordinateur est resté allumé toute la nuit. Il ne sagit pas dune fugue, Matthieu naurait aucune raison répondit Pierre. Jarrive. Nous nous retrouvons chez toi dans une demi-heure. Ne tinquiète pas, ce nest sûrement pas grave, le rassura Francis. À lheure dite, le détective sonna au portail des Tréson et Carole vint ouvrir. Au même instant, son mari arrivait. Bonjour Monsieur Pugeol. Merci dêtre venu si vite, je suis folle dinquiétude. Montrez-moi sa chambre, dit le détective. Ils lentraînèrent vers la chambre de Matthieu. Effectivement le lit navait pas été défait, la porte-fenêtre était entrouverte et lordinateur ronronnait. Un économiseur décran, représentant des vaisseaux spatiaux, diffusait ses images animées. Le détective actionna la souris, faisant disparaître limage, il ny avait rien sur le bureau de lordinateur. En expert, le détective fit redémarrer la machine, observant les icônes qui salignaient en bas de lécran. Il y a un paquet dinits comme dans le mien, jai exactement le même. En revanche, je ne connais pas celle-ci, constata-t-il en montrant une icône qui représentait une tête de costaud blond, un pistolet futuriste à la main. Vous lui avez acheté des jeux en plus ? Non, lordinateur en contient suffisamment sur le disque dur, répondit Pierre. Nous allons essayer de trouver à quoi correspond cette icône, reprit le détective en ouvrant le dossier système, puis les préférences. Voilà ! ajouta-t-il, en activant une icône semblable à celle quils avaient déjà vue. Elle sappelait « Préférences Piège virtuel ». Il chercha parmi les logiciels, et cliqua sur une icône identique. Le disque se mit à tourner et un jeu souvrit : « Piège virtuel. Conception Serges Alès. Juin 1997 ». Trop récent pour être commercialisé. Je vais lire les informations. Francis Pugeol appuya sur une touche et un tableau apparut, à gauche de lécran : « Piège virtuel. Créé le 2 juin 1997 à 9 heures 30 par Serges Alès. Dernière modification le 25 juin 1997 à 8 heures ». Cétait avant hier ! sétonna Pierre. Maintenant, vous allez me relater la journée dhier, sans omettre aucun détail, même anodin, reprit Francis, en sortant de la chambre. Récapitulons ! Matthieu dispose dun ordinateur bourré de logiciels, par nous ne savons quel miracle, il a un jeu supplémentaire, non commercialisé, qui a bizarrement été modifié lavant-veille. Un informaticien, Gilles Boris, a amené un CD-Rom hier soir à Matthieu, pour quil le teste, confirma Carole. Tout cela ne nous mène pas loin, constata Pierre. Cest peut-être la clé de lénigme, cest Gilles Boris qui a vu votre fils en dernier. Je pense que je vais aller lui rendre visite, dailleurs ce nom me dit quelque chose. Je vous rappelle dès que jai du nouveau, conclut Francis en prenant congé. Tu penses quil a une piste ? demanda Carole à son époux, dune toute petite voix. Cest le meilleur détective que je connaisse. Et si la disparition de Matthieu est liée à ce logiciel inconnu, il trouvera la réponse, jen suis certain. Laissons-le faire son travail et faisons-lui confiance, lui répondit Pierre en lentourant dun bras protecteur. La jeune femme se blottit sur son épaule, en soupirant. |
4 La rivière sans retour Lorsque Serges Alès actionna le boutonrouge, le sol sembla sécrouler sous leurs pieds, et ils se trouvèrent entraînés dans une sorte de toboggan, glissant à toute vitesse, sans pouvoir sarrêter. À lissue de leur chute, qui parut très longue à Matthieu, il tombèrent sur un monticule de sable orangé. En se retournant, le jeune homme vit une plaque métallique obstruer louverture, il releva la tête et aperçut une fenêtre, située vingt mètres plus haut. Il en conclut que le toboggan avait dû les amener sous lextrémité du premier couloir. Matthieu regarda autour de lui, la chaleur était épouvantable et le paysage sinistre. Au pied du monticule, une rivière rouge, hérissée de rochers sombres, senfonçait vers de profondes gorges dans un bruit de cascade. Sur la berge, il découvrit un impressionnant bateau de rafting. Serge y était déjà, et discutait avec un petit homme vert, bizarre, qui ressemblait à un gnome. Il lui tendit un des sacs dor et fit signe à Matthieu. Cette créature va nous conduire au bout de ce torrent, il affirme que la sortie est par là. Nous devons néanmoins nous en méfier, la dernière fois, je navais pas dor et jai voulu memparer du bateau par la force. Il ma renvoyé dans ma cellule, dun seul coup de poing. Ils prirent place à lavant du bateau, qui sengouffra dans le torrent en gémissant sous les coups de butoir des rochers. En quelques secondes, ils furent trempés de la tête aux pieds. Le gnome connaissait bien la rivière et se déjouait des pièges, avec une facilité déconcertante. Matthieu était subjugué par une telle force, dans un si petit corps. Un grondement leur fit comprendre quils approchaient dune chute deau, à cet instant le gnome se redressa en ricanant, et plongea dans le torrent. Serge saisit son pistolet, et le toucha en plein plongeon. Une fumée pestilentielle se dégagea à la place du cadavre, qui disparut comme par magie. Quelle horreur ! dit Serge, en récupérant le sac dor oublié par le gnome. Nous approchons de la cascade, cria Matthieu. Il faut faire quelque chose ! Ils saisirent la barre et, gonflant leurs muscles puissants, ils tentèrent de dévier le bateau, sans succès. En hurlant, ils furent projetés dans la cascade, qui devait faire une centaine de mètres de hauteur, et sécrasèrent sur des rochers Ils se retrouvèrent, à nouveau, dans le temple des lions et rechargèrent leurs pistolets laser, quils avaient tous deux miraculeusement conservés. Ils appuyèrent sur « Save », puis sur « Escape », pour se téléporter. À lintérieur du temple grec, ils tuèrent les chiens violets et se concertèrent avant dactionner le bouton rouge. Dès que jaurai payé le gnome, je prendrai place dans le bateau en premier. Jai remarqué quil avait dabord jeté le sac dor à lintérieur, puis nous avait fait monter. Ensuite il sest penché, debout sur le bord du bateau, pour retirer lamarre, précisa Serge. Puis il poursuivit : À ce moment précis, tu labattras, pour quil tombe dans le torrent, et nous essayerons de lutter contre le courant, pour éviter la chute deau. Matthieu acquiesça, sans mot dire et appuya sur le bouton rouge, ils sengouffrèrent à nouveau dans le toboggan. Comme prévu, le gnome vert les attendait sur la berge, Serge le paya et Matthieu lexécuta aussitôt. Ils prirent la barre et le bateau se précipita dans le torrent. Bandant leurs muscles, ils essayèrent de contrôler le courant de plus en plus rapide, en évitant au mieux dinquiétants rochers, qui émergeaient au ras de la surface. Alors quils passaient dans une gorge escarpée, une pluie de flèches les frôla. Les gnomes nous attaquent. Méfie-toi Matthieu, leurs flèches sont empoisonnées. Ils se couchèrent au fond du bateau en ripostant. Par chance, aucune flèche ne les atteignit. En sortant de la gorge, le torrent sélargit. Sur la rive gauche, ils aperçurent un canot, identique au leur et rempli de gnomes verts, qui les prit aussitôt en chasse. Serge saisit la barre et Matthieu tira sur leurs poursuivants. Nous devons tenir jusquà la cascade, essaye de les tenir en respect. Matthieu, trempé et violemment secoué, faisait de son mieux pour viser, tout en évitant les flèches empoisonnées. Il réussit à toucher le barreur, qui disparut dans le torrent. Le bateau se mit alors à tourner comme une toupie, mais un nouveau gnome prit la barre et redressa, tant bien que mal, lembarcation. Cinq dentre eux furent éjectés. Lorsque les jeunes gens entendirent les grondements de la cascade, Matthieu abandonna son poste et se précipita pour aider Serge, ils poussèrent la barre à fond vers lautre rive. Le bateau se cabra et rebondit sur les rochers, puis dans un dernier saut, il atterrit, en laissant une profonde empreinte sur la berge. Leurs poursuivants neurent pas le temps de réagir et disparurent dans la cascade, en poussant des hurlements de terreur. Matthieu et Serge étaient momentanément sauvés, car un rugissement leur annonça quun nouveau monstre approchait. Ils saisirent leur pistolet laser, guettant les fourrés. Cétait une bête énorme, qui ressemblait à un gorille jaune avec une tête de buffle, il arrachait les arbres sur son passage. Serge et Matthieu firent feu en même temps et le mutant sécroula, laissant tomber un petit ordinateur portable. Étrange, dans les pattes dune telle bête, sétonna Matthieu en saisissant lappareil. Venez voir Serge, cest inespéré ! Cet ordinateur a le plan du labyrinthe en mémoire, ajouta-t-il en le tendant à son compagnon, qui sen empara, très pâle. Cest bien ce que je pensais Nous approchons du « Temple maudit ». Dieu merci, le labyrinthe infernal est vide. Le temple maudit, dites-vous ? Comment savez-vous cela ? sétonna Matthieu. Ce portable contient vraisemblablement tout ce que nous aurons à affronter, mais je ne peux ouvrir que ce que nous avons visité et lendroit où nous sommes, répondit Serge en lui montrant lécran. Le jeune homme reconnut la rivière et la chute deau, marquée par une tête de mort. La berge sarrêtait à lendroit où ils se trouvaient, dévoilant seulement une partie de la jungle environnante. On dirait un jeu vidéo ! sétonna le jeune homme, soudain inquiet. Oui. Mais la seule différence cest que nous en sommes les acteurs, et cest beaucoup moins drôle. Vous pensez que Gilles Boris aurait pu Cela me paraît tellement invraisemblable que je préfère ne pas y penser, répondit Serge, en plaçant lordinateur dans son sac à dos. Ils senfoncèrent dans une jungle orange et jaune qui sentait la mort, ils navaient pas dautre issue. Ils progressaient doucement, se frayant un passage avec leur couteau. Soudain, un reflet métallique attira leur attention. Regardez, Serge. On dirait un avion. Il sapprochèrent de la carcasse de lappareil. Les lianes ne lavaient pas encore recouvert, et ils en déduisirent quil sétait écrasé récemment. Serge sapprocha du poste de pilotage et recula brusquement en pâlissant, Matthieu le rejoignit, intrigué. Quavez-vous découvert ? Son compagnon, sans mot dire, lui indiqua deux corps sans vie. Effectivement, les passagers nétait pas morts depuis très longtemps, il sagissait dun homme et dune femme dune quarantaine dannées. Mon dieu ! murmura le jeune homme. Ils fouillèrent lavion, il était rempli de bocaux étiquetés, qui contenaient des pousses fraîches. Du matériel de jardinage reposait, en vrac, au fond de lhabitacle. Ces inconnus devaient faire des recherches botaniques et ne se méfiaient pas, il ny a aucune arme à lintérieur de cet avion, constata Serge. Un bruissement proche stoppa leur conversation, quelque chose sapprochait en rampant, semblait-il. Il sengagèrent à nouveau dans la jungle, en retenant leur souffle. La chose les suivait mais ils ne se retournèrent pas. Soudain, ils sentirent que leur poursuivant accélérait lallure, et lui firent face en même temps. Un gigantesque boa à tête de dragon se redressa brusquement, en crachant un jet de flammes qui, heureusement, ne les toucha pas. Ils tirèrent ensemble et la bête disparut. Je ne pense pas quil soit mort. Courons ! cria Serge. Ils accélérèrent lallure. Au loin, un temple hindou en ruines apparut, ils se précipitèrent vers lui et stoppèrent brutalement. Un large fossé, qui devait faire quatre mètres de large, protégeait lédifice. Au fond de la fosse, Matthieu distingua des alligators jaunes, qui grouillaient dans un liquide verdâtre. Nous devons pourtant traverser. Nous sommes peut-être capables de sauter quatre mètres, proposa-t-il. Essayons sur la berge ! Il posa une souche à terre, fit quatre grands pas, et en déposa une autre. Puis il prit du recul, sélança et sauta. Possible, mais tout juste, constata-t-il. Le bruissement se rapprochait à nouveau. De toute façon, nous navons pas le choix, lui répondit Serge en courant vers le temple hindou. Il réussit à sauter sans problème et le jeune homme se lança à sa suite. De lautre côté du fossé il toucha le sol, qui se déroba sous ses pieds. Il se sentit glisser, mais une poigne de fer le souleva et son compagnon le hissa sur le rebord. Si tu me connaissais dans mon état normal, jaurais été bien incapable de te soulever, même avec ton poids habituel, rit Serge, fier de sa performance. Le boa-dragon était resté de lautre côté, sifflant de rage. Il cracha une gerbe de flammes et les deux hommes se jetèrent à terre, sentant lherbe roussir à moins dun mètre. Puis lanimal se dressa, à six mètres de hauteur, et sabattit de lautre côté du fossé. Sa tête était tout près de Matthieu. Il essaya de ramper pour traverser, mais le corps ne suivit pas et il tomba dans le vide, aussitôt happé par une centaine dalligators. Les deux jeunes hommes navaient jamais vu un pareil spectacle. Une rafale de mitraillette les rappela à lordre. Cinquante hommes, en uniforme vert, venaient dapparaître sur lautre berge et tiraient dans leur direction. Vite, Au temple ! Nous devrions trouver une sauvegarde, hurla Serge. Ils se ruèrent vers les marches, envahies par des lianes oranges. Le temple hindou semblait vide. Au centre, il y avait à nouveau un piédestal à colonnes et un boîtier à serrure. Matthieu essaya sa clé, elle fonctionnait, ils rechargèrent leur laser et appuyèrent sur « Save ». À nouveau une décharge électrique, ils avaient lhabitude maintenant. Des cris, de lautre côté du fossé, leur firent comprendre que leurs poursuivants sorganisaient ; ils avaient abattu des arbres et improvisaient un pont de fortune. Serge et Matthieu ajustèrent leur tir. Nous allons attendre que le plus grand nombre dentre eux sengage sur les troncs, pour tirer. Les alligators les finiront. Trente hommes tombèrent sous le feu des pistolets laser et les autres servirent de repas aux alligators. Serge consulta alors le petit ordinateur. Le temple paraît étrangement vide et il regorge de pièces secrètes, nous allons les visiter, mais restons sur nos gardes. Se fiant au plan, ils sapprochèrent du premier passage, le doigt crispé sur la gâchette de leur pistolet laser. En coupant avec son couteau les lianes qui cachaient la muraille, Matthieu découvrit une nouvelle sculpture à initiales et la poussa, déclenchant louverture dun sombre couloir. |
5 Francis Pugeol avait une idée qui encombrait son esprit, et à laquelle il refusait de croire. Tu as lu trop de science-fictions, mon pote. Reviens sur terre. Pourtant lidée restait là, omniprésente. Il décida de commencer son enquête en rendant visite au créateur du jeu. De retour à son bureau, il rejoignit son ordinateur et cliqua sur lalias du minitel. Le logiciel souvrit aussitôt. Il sélectionna le 3611, puis il imprima ladresse et le téléphone de Serge Alès. Il composa le numéro, et laissa sonner jusquau déclenchement du répondeur. Absent, je vais devoir lui rendre visite. Il ouvrit un tiroir et en sortit un petit revolver, dont il vérifia le chargeur, puis il rejoignit sa voiture. Quinze minutes plus tard, il stationnait devant la propriété de Serge Alès. Visiblement, linformatique rapporte plus que mes enquêtes. La propriété était superbe, il sagissait dun petit manoir du XVIIème siècle, parfaitement restauré. Francis sapprocha de la grille et vérifia la serrure. Électrique, jen fais mon affaire. Il pénétra dans le parc, au volant de son véhicule. Il ny avait pas âme qui vive et, étrangement, le rez-de-chaussée du manoir était éclairé. À treize heures, le moins que lon puisse dire cest que cest étonnant. Le détective se gara devant le perron et pénétra dans le manoir, sans effraction, la porte était ouverte. Il appela, sans obtenir la moindre réponse, et entreprit de visiter toutes les pièces. Dans le salon, une bouteille de champagne entamée et deux flûtes étaient posées sur une table basse, un cigare à moitié consumé reposait dans un cendrier ancien. Francis bougea la bouteille Pas lombre dune bulle, il est éventé, et le cigare sest éteint tout seul. Il fouilla dans un des placards de la cuisine, récupéra un torchon et un panier, puis il enveloppa avec précaution les flûtes et les posa dans le panier avec la bouteille. À létage, il constata quaucun lit nétait défait. En redescendant lescalier central, un faible son de ventilateur attira son attention. Il se dirigea vers le bruit et pénétra dans un bureau climatisé, où cinq puissants ordinateurs étaient allumés. Le climatiseur ronronnait en accord. Il sapprocha du premier et lexplora, il neut aucune peine à trouver le jeu quil cherchait et ouvrit les informations : « Piège virtuel. Créé le 2 juin 1997 à 9 heures 30 par Serges Alès. Modifié le 24 juin 1997 à 22 heures 56 ». Javance, javance. Cela commence à prendre forme, se félicita le détective. Voyons à quoi ressemble ce jeu Francis fit un double clic sur licône et regarda le jeu souvrir avec stupéfaction. Il paraissait réellement sensationnel, dun réalisme inhabituel. Ce Serge Alès est vraiment très fort, cest un concepteur de talent. Il essaya de faire une partie, en appuyant sur la touche « Entrée ». En vain, un message safficha aussitôt : « Une partie est déjà en cours. Voulez-vous la suivre ? » Le détective cliqua sur « Oui ». Le disque dur se mit à tourner et un nouveau message apparut : « Récapitulatif de la partie ». Il vit un paysage fantastique et montagneux, le ciel était rouge et le soleil orange. Puis il se trouva dans une cellule verdâtre, à lentrée il y avait deux cadavres. Lordinateur lentraîna dans un labyrinthe, jonché de dépouilles dhommes en uniformes et danimaux fantasmagoriques. Plutôt saignant comme jeu ! pensa le détective. Il se trouvait dans une sorte de toboggan puis au-dessus dun torrent rouge. Un bateau de rafting était échoué sur la berge, éventré. Il traversa une jungle orange et, finalement, entra dans un temple hindou recouvert de lianes. Cest à ce moment quil les vit ! Deux silhouettes progressaient dans le temple, il sagissait de deux costauds, armés jusquaux dents. Francis essaya de manipuler des touches pour les faire évoluer, le même message safficha : « Une partie est déjà en cours. Vous ne pouvez plus y participer. Voulez-vous la suivre ? ». Il cliqua à nouveau sur « Oui » et regarda, fasciné. Bon. Tout cela est bien, mais ça ne fait pas avancer ton enquête. Allez au boulot. Laissant lordinateur tourner, le détective sortit du manoir, en emportant le panier contenant la bouteille de champagne et les verres. Vingt minutes plus tard, il était au labo de la PJ. Jacky, peux-tu manalyser ces empreintes et le contenu de cette bouteille ? Tu sais bien que je nai pas le droit, Francis. Allez ! Tu ne vas pas refuser cela à un ancien collègue, tu me rappelles sur mon téléphone portable dès que tu as les résultats. Cest une enquête importante, en toute confidentialité, je travaille pour Pierre Tréson. Pierre Tréson, lindustriel ? sinquiéta son ancien collègue. Lui-même, mon coco. Daccord, daccord. Je tappelle dès que jai les résultats. Francis Pugeol quitta le labo en sifflotant. Il décida de rendre une petite visite à Gilles Boris, il avait le sentiment que linformaticien devait détenir la clé du problème. Il reprit sa voiture et se dirigea vers la propriété de Gilles Boris, qui habitait à lautre bout de la ville, dans un quartier résidentiel protégé. Heureusement, le détective connaissait le gardien. En revanche, entrer chez linformaticien sans éveiller ses soupçons serait vraisemblablement une autre affaire. Je verrai bien sur place, pensa Francis Pugeol. |
6
Le temple maudit Lorsque Matthieu ouvrit le premier passage, une épouvantable odeur de moisi les prit à la gorge. Alors, Serge sortit un masque, dune des poches de son sac à dos. Matthieu nen avait pas vu, jusqualors. Il vérifia le contenu de son propre sac et sortit un masque identique. Jai fouillé ce sac auparavant, et je peux jurer quil ny avait pas de masque à lintérieur. Noublie pas que nous avons changé de niveau, lui rétorqua simplement Serge. Changé de niveau ! Vous vous croyez dans un jeu vidéo ou quoi ? sétonna Matthieu. En quelque sorte oui, je texpliquerai plus tard. Mais dabord, gardons le silence, je crains que lennemi ne soit invisible. Fie-toi à ton odorat. Mon odorat ? Mais cela sens le pourri partout ! Lodeur était omniprésente et, soudain, le jeune homme la sentit augmenter pire encore. Au même instant, un coup violent le plia en deux, et il se sentit vaciller. Serge tira deux fois avec son revolver, et lodeur sévanouit. Nous avons affaire à des spectres invisibles, encore cinq coups comme celui-ci et nous retournons à la sauvegarde. Mettons-nous dos à dos, pour éviter de nous entre-tuer, nutilise pas le laser les murs sécrouleraient. Prends ton revolver, et fie-toi à lodeur. Matthieu sexécuta, il ferma les yeux et se concentra, tirant dinstinct. Il fit feu douze fois, et lodeur sévanouit. Si je pouvais tenir le dingue qui a conçu ce piège, murmura Matthieu, ulcéré. Cest moi, lui répondit Serge. Mais, je ne lavais pas prévu pour des êtres humains. Vous cherchez à mexpliquer quil sagit dun jeu vidéo que vous avez créé ? Tout à fait, et depuis le début. Jai conçu « le Labyrinthe infernal » et « la Rivière sans retour » était le second niveau, nous lavons réussi très facilement dailleurs. Maintenant, nous attaquons « le Temple maudit » et ce nest pas une sinécure. Ce nest pas croyable ! Nous ne sommes tout de même pas dans un jeu vidéo, cest impossible. Cela ne semble en effet pas plausible, nous nous trouvons sans doute dans sa reconstitution, et encore Comment expliquer les sauvegardes et nos résurrections ? Jen ai froid dans le dos, dites-moi que je rêve, sexclama Matthieu. Les deux compagnons sengagèrent plus profondément dans le tunnel. Serge consultait lordinateur, pour trouver les entrées secrètes. Ils récupérèrent ainsi des munitions, des sacs dor, et bizarrement des poings de force . Étonnant ! Je peux jurer que je navais pas mis cela dans mon jeu. À lapproche dune salle, dont on pouvait apercevoir la luminosité blafarde, Serge retint Matthieu par le bras. Nous allons avoir besoin des pistolets laser, reste à côté de moi à lentrée et fie-toi à nouveau à ton odorat. Si mes souvenirs sont bons, nous aurons affaire à forte partie et nous navons pas la possibilité de recharger, trois coups par spectre, pas plus. Ils sapprochèrent lentement de la salle, elle était immense et abritait une sculpture de Shiva. Lattaque se déclencha aussitôt. Matthieu se fiait à son odorat et tirait deux fois, si lodeur persistait il envoyait un nouveau jet laser. Il essaya de compter, mentalement, pour évaluer le nombre dadversaires ; il en estima cent vingt, avant de baisser son arme. Je crois que cest fini pour cette fois, dit enfin Serge. Nous devons ouvrir toutes les portes, avant de rejoindre le temple central. Doucement, il y a des pièges. Matthieu sonda les murs, cherchant une sculpture. Il en découvrit une, en écartant des lianes, et appuya pour déclencher louverture. Un grondement sourd le fit plonger à terre, il se retourna et vit rouler un énorme bloc de pierre, à quelques centimètres de ses pieds. Au même instant, cinq autres portes souvrirent, libérant des blocs identiques au premier. Ils roulèrent tous jusquau centre de la salle, percutèrent la statue, qui explosa en projetant des gravats aux pieds des deux jeunes hommes. Matthieu et Serge se relevèrent un peu sonnés, mais neurent pas le temps de commenter ce phénomène car un bruit strident séleva, provenant du trou provoqué par lexplosion. Ils saisirent leur pistolet laser, soudain attentifs à tout mouvement. Un monstre gigantesque fit irruption dans la salle, il sagissait dune espèce danimal préhistorique volant, un énorme ptérodactyle. Les deux hommes firent feu, touchant les ailes, et la bête retourna doù elle était venue, dans un bruit de ferraille. Les deux compagnons se regardèrent, étonnés, et sapprochèrent du vide avec précaution, ils y jetèrent un regard. Lengin sétait écrasé dans une pièce immense et fortement éclairée, remplie de gnomes verts, qui saffairaient autour de lépave en vociférant. Pourtant lordinateur nindique aucune présence vivante, les gnomes faisaient partie du niveau précédent. Jétais dailleurs étonné den avoir vu si peu, ils auraient dû nous attaquer, lorsque nous avons accosté, avec leurs sarbacanes à flèches empoisonnées. Le ptérodactyle na rien à faire là non plus, il ny en a que dans le dernier niveau, sétonna Serge. Nous devrions nous méfier. Ils ont peut-être toujours des flèches, répondit Matthieu, inquiet. Je nai pas envie de retourner à la sauvegarde précédente. Serge reprit, se parlant à lui-même : Le plus ennuyeux, cest que les gnomes ont investi la salle de sauvegarde et de recharge, ils sont nombreux et nos pistolets laser nont presque plus dénergie. Réfléchissons ! proposa Matthieu. Nous navons pas encore visité toutes les salles et il y a peut-être un moyen de les surprendre. Quaviez-vous envisagé pour vous en débarrasser, dans la Rivière sans retour ? Serge se concentra un moment. Si mes souvenirs sont exacts, après avoir accosté il fallait passer sur un pont de lianes, poursuivi par les gnomes. Arrivé à lextrémité du pont, un levier le basculait et les gnomes étaient précipités dans le torrent. Eh bien, procédons de même, cette salle est couverte de lianes, détachons-en deux et assurons-nous quelles sont bien arrimées au plafond. Ensuite nous attirerons les gnomes ici et nous utiliserons les lianes pour sauter au-dessus du vide sils nous suivent, ils tomberont. Daccord, préparons les lianes, mais ensuite nous visiterons les salles inexplorées avant dattirer les gnomes. Allons-y ! acquiesça Serge. Daprès lordinateur, il restait neuf salles à découvrir. Les deux hommes sengagèrent prudemment dans le premier passage, une odeur infecte les prévint de la présence de spectres, Serge les abattit rapidement. Plus loin, ils pénétrèrent dans une petite pièce, vide et silencieuse. Une porte se referma derrière eux et un bruit étrange, comme un frottement, se fit entendre juste au-dessus. Matthieu releva la tête et sécria : Le plafond, il nous tombe dessus ! Serge consultait fiévreusement lordinateur. Soudain il se précipita sur le mur de droite, et le sonda fébrilement. Par ici ! hurla-t-il. Un étroit passage venait de souvrir, ils sy précipitèrent alors que le plafond seffondrait. Cest un cul-de-sac, constata Matthieu. Nous devons rebrousser chemin. Un rugissement, provenant de la salle quils venaient de quitter, les fit ralentir. Ils vérifièrent leurs pistolets laser qui étaient presque totalement déchargés. Nous navons pas le choix ! dit Serge à regret, en se dirigeant vers la sortie du passage. Un lion orange les attendait, il avait une nouvelle clé autour du cou. Serge tira le premier, en épuisant sa réserve dénergie ; le monstre chancela, mais il nétait pas mort. Matthieu tira ensuite, puis son pistolet laser devenu inutile, il prit son revolver, en visant les yeux de la bête. Elle sécroula enfin, et le jeune homme sempara de la clé. La salle était maintenant à ciel ouvert. Ils relevèrent la tête, au-dessus deux il y avait une centaine de gnomes, armés de sarbacanes. Les deux compagnons sengouffrèrent dans le passage emprunté par le lion, sous une pluie de flèches. Je suis touché ! balbutia soudain Matthieu, en sécroulant. Le poison faisait déjà son effet, et Serge dut lui maintenir la bouche ouverte à laide du manche de son couteau, pour lui glisser une pilule. Le jeune homme se redressa aussitôt. Tu las échappé belle, lui dit Serge. Tu te voyais reprendre les souterrains sans pistolet laser ? Il repartirent très vite, pressentant que les gnomes les poursuivaient. Serge consultait fiévreusement lordinateur. Il y a un passage sur notre gauche, qui mène directement à la salle aux lianes. Ils sy précipitèrent. Matthieu navait pas entendu la porte se refermer derrière eux, et en conclut que les gnomes étaient tout près. Accélérons ! Ils sont juste derrière nous. Ils approchaient de la salle, et les lianes quils avaient préparées pendaient devant eux. Ils les saisirent, et survolèrent la brèche créée par les boules de pierres. Les gnomes se ruèrent à leur poursuite, sans voir le trou béant. Les premiers essayèrent de sarrêter en découvrant le piège, mais les autres arrivaient derrière en vociférant. Ils étaient tellement nombreux, que leffet de masse les entraîna presque tous dans le vide. Il en restait une dizaine, qui dressèrent leurs sarbacanes en hurlant de rage. Heureusement pour Matthieu et Serge, ils étaient essoufflés et eurent du mal à ajuster leur tir. Les deux jeunes hommes neurent aucune peine à les achever, avec leurs simples revolvers. Puis ils se laissèrent glisser dans le trou jonché de cadavres, qui dégageaient une odeur pestilentielle. Un boîtier était visible au centre de la salle, sous un temple à demi écroulé. IIls purent néanmoins louvrir, recharger leurs armes et lordinateur, puis ils se sauvegardèrent. Il nous reste à découvrir les dernières salles, et au besoin nous ferons une nouvelle charge et une nouvelle sauvegarde avant de quitter le temple. Il ne restait plus que six salles à visiter et ils le firent à un train denfer, pressés de quitter ces lieux. Dans les cinq premières, il ny avait heureusement plus âme qui vive, et ils récupérèrent des munitions et des pièces dor. En approchant de la sixième salle, un chant guttural les fit ralentir. Ils vérifièrent le fonctionnement de leur pistolet laser et se glissèrent, en rampant, vers une ouverture qui surplombait la pièce. Au centre de la salle, ils découvrirent un autel sur lequel une jeune fille, entièrement nue, était attachée. Une vingtaine de mutants satyres tournaient autour delle, en psalmodiant. Les deux jeunes hommes étaient les spectateurs involontaires dun sordide sacrifice rituel. Lun des mutants sapprocha de la jeune fille, alors que le rythme du chant saccélérait frénétiquement. Comme il brandissait un long poignard effilé au dessus de sa victime, Serge leva son pistolet laser et labattit. Les mutants se retournèrent vers leurs agresseurs en hurlant, et crachèrent des boules de feu dans leur direction. Les deux jeunes hommes se jetèrent à terre et ripostèrent, en tirant comme des forcenés. Un silence de mort fit suite à ce carnage et, sautant de leur cachette, ils sapprochèrent doucement de la jeune fille, qui était évanouie, en retenant leur souffle. Cétait une eurasienne, dune beauté fascinante et virginale, ses longs cheveux noirs faisaient ressortir la finesse de son visage juvénile, son long corps svelte à la peau dorée était parfait, et ses seins menus se soulevaient régulièrement, au rythme de sa respiration. Alors que Serge coupait ses liens de la pointe de son couteau, Matthieu retira prestement son tee-shirt, puis il souleva la jeune fille, toujours inconsciente et le lui enfila maladroitement. Cétait la première fois quil tenait une fille dans ses bras, et il ressentit une émotion inconnue en lhabillant. Serge prit une pilule bleue et, en écartant doucement les lèvres de la jeune fille, il lui glissa dans la bouche. Une seconde plus tard elle se ranima, et poussa un hurlement de terreur à la vue des deux jeunes hommes, puissamment armés. Nayez crainte, mademoiselle, vous êtes sauvée, la rassura Serge. Qui qui êtes-vous ? demanda-t-elle, en tirant vainement sur le tee-shirt trop court, qui dévoilait ses longues jambes fines. Je mappelle Serge, et mon compagnon se prénomme Matthieu. Nous sommes arrivés juste à temps, pour vous libérer de ces immondes créatures, qui sapprêtaient à vous sacrifier. Mais dites-nous, doù venez-vous ? La jeune fille les regarda, en ouvrant deux grands yeux violets, et Matthieu sentit son cur battre à tout rompre. Je mappelle Yasmina, et je vous remercie de mavoir sauvée de ces terrifiants mutants. Ne nous remerciez pas, nous étions là au bon moment, cest tout, balbutia Matthieu en rougissant. Mes parents étaient botanistes, reprit la jeune fille. Ils avaient conçu un avion, capable de voler en stationnaire au-dessus de la jungle, et récupéraient ainsi des échantillons à la cime des arbres. Nous restions à quarante mètres du sol, car il est impossible de progresser à lintérieur de la jungle, elle est infestée de gnomes et de mutants. Pourtant, les études de mes parents restaient indispensables pour créer de nouvelles espèces, notre planète manque cruellement doxygène Alors que nous nous posions au-dessus dun baobab orange, de monstrueux oiseaux nous ont attaqués. Des ptérodactyles ? linterrompit Serge. Oui, cest cela, mais ils disposaient de puissants jets laser, et nous ont touchés en un seul tir. Notre avion sest écrasé dans la jungle, et jai perdu conscience. Lorsque je me suis réveillée, jai constaté avec effroi que mes parents étaient morts. Je mapprêtais à sortir du poste de pilotage, quand des gnomes verts sont apparus. Ils mont ligotée, et mont portée jusquau temple hindou, pour me livrer aux mutants satyres. Ensuite je me suis évanouie, ajouta la belle Yasmina, en sécroulant en larmes. Matthieu se précipita vers elle et la soutint. Nayez crainte, mademoiselle, nous sommes là maintenant, et nous vous protégerons. Nous avons effectivement découvert lavion de vos parents, et il ny a malheureusement plus rien à faire pour eux. Quittons vite cet endroit maudit, ordonna Serge. Il vérifia sur lordinateur sils avaient bien fait le tour du temple et, à tout hasard, il essaya de chercher dans le disque dur sil ne pouvait pas trouver la suite de laventure. Il nalla pas très loin, malgré ses talents de programmeur, le logiciel était bien protégé. Un message apparut, dès ses premières manipulations : « Ne soyez pas si pressés, mes amis. Votre aventure ne fait que commencer. Jespère que vous vous amusez bien » Le salaud a tout prévu. Je ne sais pas comment Gilles Boris a réussi à nous propulser dans ce cauchemar, mais crois-moi, si nous en sortons vivants il sen souviendra, tempêta Serge. Il ne nous reste plus quà continuer. Sil na rien modifié, nous avons encore un niveau, « Le Piège denfer », et je peux tassurer quil nest pas simple Après lavoir conçu, je nai jamais réussi à le finir sur lordinateur, jenvisageais dailleurs de le modifier, avant de le commercialiser. Quand Gilles écrit que nous nen sommes quau début, javoue que je minquiète. Qua-t-il donc bien pu ajouter ? Il est incapable de programmer mon ordinateur, nous nutilisons pas le même langage Vous avouez enfin, nous sommes bien dans un jeu vidéo. Matthieu regardait fixement son compagnon, exigeant une réponse. Je le regrette, mais je ne vois pas dautre explication, admit Serge, en baissant la tête. Même si cela paraît incroyable Un programme nest quune suite de chiffres Comment des êtres humains pourraient-ils en faire réellement partie ? Oublions cela pour linstant, le rassura Matthieu, en lui posant amicalement la main sur lépaule. Rejoignons la salle centrale pour sortir dici. Yasmina les regardait avec attention, sans comprendre. Elle brûlait de les questionner, mais ses deux nouveaux compagnons, perdus dans leurs pensées, semblaient lavoir soudainement oubliée. Elle les observa à la dérobée, ils étaient vraiment très musclés, le torse nu de Matthieu était réellement impressionnant, sculpté. Elle décida de reporter ses questions ultérieurement et de leur faire confiance, ils paraissaient tellement solides. Les deux jeunes hommes se levèrent de lautel, sur lequel ils sétaient assis sans sen rendre compte, et se rendirent au boîtier, pour vérifier la charge des pistolets laser et se sauvegarder à nouveau. La jeune fille les suivit, sans mot dire. Alors Serge, saisit Yasmina et Matthieu par la main. Appuie sur « Escape » Matthieu. Le jeune homme sexécuta. Un puissant éclair bleu les enveloppa, et ils disparurent tous les trois du temple maudit. |
7 Gilles Boris était aux anges. Mon très cher ami Serge, tu pensais que jétais incapable de programmer ton ordinateur et tu avais raison. Seulement, tu ne savais pas que javais dautres cordes à mon arc. Je mamuse comme un fou, en te voyant te débattre dans ta création, dont tu es si fier. Tu ne vas pas être déçu, tu nes pas au bout de tes peines Linformaticien était assis dans un confortable fauteuil de cuir, un verre à la main. Il alluma un havane et le dégusta, avec une satisfaction évidente, en posant ses jambes sur le bureau et en se balançant doucement. Devant ses yeux, un grand écran, relié à un ordinateur portable, lui montrait le périple de Serge et de Matthieu. Les deux jeunes hommes étaient dans le temple hindou, poursuivis par les gnomes. Que penses-tu de cela, tu ne lavais pas prévu ? Quel dommage ! À propos, comment trouves-tu ton nouveau compagnon ? Je nallais tout de même pas te laisser pourrir dans cette cellule sans arme, il fallait bien que quelquun vienne te délivrer. Alors, pour toi, je me suis déplacé chez le revendeur chercher un pigeon pour taccompagner. Jespère que tu men remercieras si vous vous en sortez, bien sûr ! Et il éclata de rire, en vidant son verre dun trait, puis il pivota son fauteuil et consulta deux écrans, situés sur sa droite. Des chiffres apparaissaient régulièrement sur chacun deux : « 14-8, 15-7, 16-9 » et une courbe spectrographique bougeait, comme sous leffet dun tensiomètre. Mais vous êtes en pleine forme, mes chéris, méfiez-vous tout de même des hausses de tension, ce serait dommage de mourir si jeunes. Ne me dites pas que vous avez peur, allons, des costauds comme vous Le prochain niveau est encore pire allez, du courage ! En riant aux éclats, il se leva et sortit de la pièce. À tout à lheure, je vais déjeuner, jespère que vous appréciez vos rations de survie. Il sortit de sa maison et monta dans sa voiture, puis il se rendit dans un des meilleurs restaurants de la ville et soffrit un repas copieux. Lorsquil rejoignit la résidence, il bippa le portail et traversa le parc jusque chez lui. Il habitait le plus somptueux domaine de la région, qui abritait vingt propriétés luxueuses, disposant dun golf privé et dun gardiennage jour et nuit. Il vivait seul dans sa maison, ne recevant jamais personne, même pas Serge Alès, quil allait toujours voir chez lui. Il descendit de voiture, et pénétra dans sa demeure. Sur le seuil il retint sa respiration, il était persuadé quil y avait une présence anormale. Sans bruit, il ouvrit le tiroir dun guéridon de lentrée et en sortit un revolver. Puis il se dirigea à pas de loup vers la salle informatique. |
8
La ville des combattants Matthieu, Serge et leur nouvelle compagne se retrouvèrent en plein désert. Un sable orangé, fin et brûlant, volait autour deux. Ils fouillèrent dans leurs sacs et y trouvèrent des tenues berbères bleu indigo, Serge tendit la sienne à Yasmina, elle senveloppa dedans en remerciant et ils se mirent en marche, au hasard. Serge, là-bas, regardez ! Pensez-vous quil sagit dun mirage ? Matthieu venait dapercevoir le reflet dune ville fortifiée, à lhorizon. Rejoignons-la, je ne sais pas du tout où nous sommes. Sil sagit encore dun jeu je ne lai pas conçu, répondit Serge. Je connais cet endroit, sécria Yasmina. Il sagit de « la ville des Combattants », je lai visitée lannée dernière avec mes parents. Ce souvenir lui rappela leur récente disparition et elle se mit à pleurer silencieusement. À cet instant, une ombre gigantesque les enveloppa, ils levèrent la tête et reconnurent un énorme ptérodactyle en acier qui fondait sur eux. Cet oiseau, cest pourtant vous qui lavez inventé, protesta Matthieu. Cest exact, je ne comprends pas. Séparons-nous, rétorqua Serge, en empoignant son pistolet laser, dont il vérifia la charge. Ils partirent chacun dans une direction opposée, visant les ailes du monstre, qui sécroula presquaussitôt. Il en vient dautres ! cria la jeune fille, terrorisée. Venez vite vous cacher sous les débris de celui que nous avons abattu, ils ne nous repéreront pas, conseilla Serge. Deux ptérodactyles approchaient. Les deux jeunes hommes visèrent soigneusement chacun le leur, et les touchèrent en même temps. Les deux monstrueux oiseaux piquèrent du nez et explosèrent en percutant le sol. Pourquoi ont-ils explosé ? demanda Yasmina. Ce sont des engins mécaniques programmés pour tuer. Ils sont remplis de kérosène et possèdent des tirs laser terrifiants, cest à cause deux que je nai jamais pu finir le Piège denfer. Gilles a dû oublier de joindre licône des munitions, en les glissant dans ce niveau. Tant mieux pour nous. Rejoignons la ville, maintenant, conseilla Matthieu. Ils marchèrent une heure et se dirigèrent à grand pas vers un portail, qui devait être lentrée principale. Il ny avait pas âme qui vive Ils arpentèrent les ruelles et découvrirent une auberge sordide, qui semblait ouverte. Nous allons peut-être manger autre chose que des rations de survie, dit Serge, en poussant la porte. Une grande pièce sombre, aux poutres apparentes, leur faisait face. Elle était sale et vide, seul un gros homme rougeaud se tenait debout derrière le bar. Bienvenue étrangers, vous êtes courageux ou inconscients pour vous déplacer à lheure de la sieste par cette chaleur. Jai un délicieux couscous aujourdhui, avec une pinte de rosé vous allez vous régaler. Avec plaisir, merci aubergiste, répondirent-ils en sinstallant sur un banc, dans un coin de la salle, proche dune cheminée où crépitaient des grillades. Vous êtes venus voir les combats ou bien y participer ? Costauds comme vous êtes, vous pourriez Il y a moins de monde cette année, à cause des ptérodactyles. Ils ne répondirent pas, pressés dengloutir la nourriture. Laubergiste ninsista pas et regagna son comptoir. La salle se remplissait de toutes sortes dindividus et de mutants, qui ninspirèrent pas confiance aux jeunes gens. Les conversations étaient animées. Serge et Matthieu tendirent loreille, alors que Yasmina frissonnait, en reconnaissant des mutants satyres qui lobservaient, avec une envie non dissimulée. Il était question de combats, de champions et de paris. Une violente discussion entre deux ivrognes dégénéra en bagarre, qui prit très vite de lampleur dans toute lauberge. Serge et Matthieu, entraînant la jeune fille, en profitèrent pour séclipser, donnant des coups de poings au hasard, pour se frayer un passage. Bien leur en prit, ils venaient datteindre le coin de la rue suivante lorsquune patrouille de police apparut, à grand renfort de sirènes. Charmant pays ! dit Matthieu. Nous devons pourtant trouver une nouvelle auberge. Je peux vous guider jusquà lendroit où nous étions descendus avec mes parents. Je me souviens de ladresse, cétait très confortable, proposa alors la jeune fille. Elle prit une autre direction et il la suivirent, rassurés. Le quartier paraissait plus chic et plus calme. Ils repérèrent vite lhôtel-restaurant, qui était très coquet. Une jolie jeune femme se tenait à laccueil. Auriez-vous des chambres, sil vous plaît mademoiselle ? demanda Serge. Il ne me reste plus quune suite à trois pièces dor par jour, elle est très tranquille. Je suis dans lobligation de vous demander une nuit davance. Dînerez-vous au restaurant ? Nous servons dans le jardin Oui, merci mademoiselle, répondit Serge, en lui tendant trois pièces dor. Nous ne savons pas combien de temps nous resterons Par quel moyen pouvons-nous quitter cette ville ? Notre véhicule a rendu lâme dans le désert, mentit-il. Il ny a quune solution, acheter un avion à laéroport ; plus aucun pilote ne veut décoller, à cause des ptérodactyles. Les avions coûtent très cher, six mille pièces dor, sans canon laser Effectivement, cest excessif constata Serge. Mais si vous participez aux combats, vous pouvez gagner mille pièces dor à chaque victoire, en vous inscrivant en double, ajouta lhôtesse. En quoi consistent ces combats ? demanda Matthieu, intrigué. Ce sont des combats à mort, et les gens traversent le désert tous les ans, pour voir les champions saffronter. Malheureusement, durant trois jours, la ville nest plus sûre. Vous avez choisi la seule auberge fréquentable, nous ny acceptons que les meilleurs champions, mais vous minspirez confiance. Nous vous en remercions, et nous nous efforcerons de mériter cette confiance, reprit Serge. À propos, depuis quand êtes-vous menacés par les ptérodactyles ? Il y a sept jours, à la tombée de la nuit, il y en avait une trentaine qui survolaient la ville, cétait très angoissant. Oubliez-les, je vais vous montrer votre suite. Puis, se tournant vers Yasmina, elle ajouta : Il me semble vous connaître, mademoiselle. Nêtes-vous pas déjà venue dans cette auberge ? Cest exact, nous sommes resté une semaine avec mes parents, lannée dernière, et jen avais gardé un excellent souvenir, répondit la jeune fille. En souriant à Yasmina, lhôtesse les précéda et Serge pensa, en observant sa silhouette gracieuse, quil se serait bien vu dans les bras de la belle aubergiste. Il faillit le dire à Matthieu, mais se rappela que le jeune homme navait que seize ans et à cet âge là, seuls les jeux vidéo avaient de lintérêt. Quoique , depuis quils avaient sauvé Yasmina des griffes des mutants satyres, il navait dyeux que pour elle, et Serge sourit intérieurement. Il est vrai que leur nouvelle compagne était adorable. La suite était confortable et donnait sur une piscine, qui fit envie aux jeunes gens. Ils navaient pas de maillot de bain et après une douche revigorante, ils décidèrent de sortir en acheter. La ville était plus animée et les boutiques nombreuses. Ils firent quelques achats, des produits de toilette, des maillots de bain, de nouveaux tee-shirts et Serge put soffrir une boîte de cigares, il en rêvait depuis le début de son aventure. Yasmina accepta plusieurs tenues très féminines, un grand sac de voyage et du parfum en rosissant de plaisir. Ils ne restèrent pas longtemps dehors, une nouvelle bagarre se déclenchait sur la place centrale, et ils regagnèrent leur hôtel pour soffrir un plongeon relaxant. Le soir, ils discutèrent avec deux champions, qui dînaient à la table voisine. Méfiez-vous, si vous voulez participer aux combats, il sagit dune lutte à mort. La seule arme autorisée est le poing de force ; mais certains nhésitent pas à utiliser des couteaux ou des revolvers, et les arbitres laissent faire En revanche, le public ne fait aucun cadeau à celui qui sen sert le premier, leur confia un athlète roux qui devait les dépasser dune tête, tout en allumant religieusement le cigare que Serge venait de lui offrir. Alors, un conseil, ayez une arme sur vous, mais ne lutilisez quen cas dagression, renchérit un asiatique tout menu, qui devait être très vif. En souriant, leur premier interlocuteur ouvrit son blouson et leur montra un pistolet laser identique aux leurs. Si vous possédez ce genre dengin, vous pouvez le recharger ici contre dix pièce dor, cest cher mais vital. Il est malheureusement impossible den acheter, cest en principe interdit à la vente dans cette ville. Mais, ces combats ne sont-ils pas dangereux ? demanda Yasmina, dune toute petite voix. Cela peut le devenir, mais jusquici nous avons eu de la chance, lui répondit le géant roux en souriant. La jeune fille répondit à son sourire, avec un regard mêlé de crainte et dadmiration. En montant se coucher, Serge et Matthieu avaient pris leur décision, il allaient sinscrire aux tournois. En fait, il leur manquait trois mille pièces dor pour acheter un avion, il leur suffirait donc de gagner trois fois. Le lendemain au petit déjeuner, ils retrouvèrent les deux champions de la veille et leur demandèrent conseil pour sinscrire. Lhôtesse nous a parlé de combats en double et cela nous a semblé plus intéressant. Quen pensez-vous ? Vous me paraissez costauds. Voulez-vous faire équipe avec nous ? En faisant un quadruple, nous doublons la mise, mille pièces dor chacun par combat ; et lavantage, cest que vous ne participerez quaux deux derniers combats. Cest un privilège accordé aux anciens champions, et nous avons gagné lannée dernière. Cela laisse le temps dapprécier ladversaire. La prime finale est de vingt mille pièces dor pour léquipe gagnante, leur confia le géant. Lidée est séduisante, répondit Serge. Venez vous entraîner avec nous, cet après-midi, nous pourrons juger de vos capacités, renchérit lasiatique. Je me nomme Sing Hian et mon ami Jimmy. Moi cest Serge, et mon compagnon sappelle Matthieu. Il na que seize ans, mais il est redoutable. Eh bien cest daccord, quinze heure ici, répondit Jimmy en leur serrant la main. Il avait une poigne de fer. À quatorze heure trente, les trois jeunes gens descendirent piquer une tête dans la piscine. Leurs deux nouveaux amis les rejoignirent vingt minutes plus tard. Parés pour lentraînement ? Choisissez votre adversaire, de toute façon, nous permutons dans un quart dheure, lança Jimmy en riant et en empoignant Serge. En un tour de main, il le fit basculer par dessus son épaule et chuter lourdement, sur le sable du bain de soleil. Yasmina poussa un petit cri dangoisse. Les pensionnaires de lhôtel sétaient approchés, et applaudirent sa performance. Serge navait pas du tout apprécié cet effet de surprise et Matthieu, qui commençait à le connaître, le ressentit à limperceptible crispation de mâchoire de son ami. Jimmy va en prendre plein la tête, au prochain tour, pensa-t-il. Il neut pas le temps de le vérifier, car Sing Hian en poussant un cri strident se jeta sur lui, le pied droit levé. Le jeune homme évita le coup de justesse et, en un réflexe, saisit la jambe de son adversaire, se plia en flexion et se détendit, balançant lasiatique dans la piscine. Les spectateurs applaudirent. Matthieu se retourna au moment où Jimmy bondissait sur lui, de tout son poids. Il profita de cette énorme poussée, fit un roulé-boulé arrière et, détendant ses jambes, il envoya le géant rejoindre son ami. Une gerbe deau salua sa victoire. Serge se relevait tout juste de sa chute et avait une revanche à prendre. Il plongea à leur suite et saisit Jimmy en étranglement, au moment où il faisait surface, lentraînant à nouveau au fond. Sing Hian qui venait de remonter se précipita au secours de Jimmy, et Serge fit alors une chose incroyable. Il se cabra en arrière, sans lâcher le cou du géant, et avec ses deux jambes croisées, saisit lasiatique par le cou, en ciseaux. Puis, il fila au fond de la piscine. Plusieurs minutes se passèrent, leau était transparente et Matthieu essayait de discerner si Serge respirait. Il se glissa dans la piscine et rejoignit le trio. Au fond, Serge lui sourit et lui fit un clin dil. Ses deux adversaires étaient visiblement en train de se noyer, et le jeune homme lui fit signe de relâcher prise. À regret Serge sexécuta, ses deux victimes remontèrent comme des fusées. Matthieu les suivit, il était à bout de souffle. Ils attendirent une minute encore, avant de voir Serge réapparaitre. Jimmy et Sing Hian lui tendirent la main, pour sortir du bassin. Nous vous adoptons tous les deux, nous navons jamais été battu de la sorte. Nous ferons un équipe formidable, tous les quatre. Allons arroser cela au bar, jai bu assez deau, sexclama Jimmy, en leur collant des bourrades à assommer un taureau. Le grand jour du tournoi était arrivé, et une foule cosmopolite se pressait à lentrée des arènes. Les quatre nouveaux amis avaient pris place dans les tribunes réservées aux participants, et ne perdaient pas une miette du spectacle. Yasmina avait préféré rester à lhôtel, devant la piscine, ce climat de violence lapeurait. Jimmy et Sing Hian étaient capables de jauger le comportement dun adversaire à sa seule démarche. Ils étaient tous deux professionnels de ce genre de combats, et navaient jamais été battus. De toute façon, sils avaient été battus ils seraient morts, pensa Mathieu. Je suis prêt à parier que nous aurons ces quatre mutants comme adversaires en finale, lui dit Sing Hian, en lui montrant des personnages bizarres. Le premier devait mesurer deux mètres soixante, cétait un gorille à tête de buffle. Le second était un gnome vert, aussi large que haut. Le troisième, filiforme à laspect gluant, avait une tête de serpent et mesurait plus de trois mètres. Le quatrième était un homme trapu, au regard étrangement fixe. Le quatrième nest pas un mutant, sétonna le jeune homme. Tu te trompes, cest le pire. Il sagit dun spectre qui a pris forme humaine. Il est transparent, regarde ! Et Sing Hian saisit une canette de bière vide et la lança au travers de lhomme. Celui-ci ne fit pas un mouvement et Matthieu frissonna. Tu as déjà eu à faire à ce genre de mutants ? lui demanda Sing Hian. Oui, répondit le jeune homme. Mais jutilisais mon pistolet laser. De toute façon, tu nauras pas dautre choix. Je vais texpliquer comment te débarrasser de ce spectre, il est impossible à battre sans pistolet laser. Dès quil sera dans larène, il deviendra transparent. La foule hurlera de dépit mais toi, tu prendras des coups sans savoir doù ils viennent, et lodeur de cette charogne est plus diluée dehors. Au premier coup, plie-toi, sors discrètement ton pistolet laser et tire-toi dessus, ou plutôt juste au-dessus. Les spectateurs crieront à la tricherie, accusant le spectre, alors descends-le sans hésiter, en espérant quil sera encore en face de toi. Compte sur moi pour respirer à fond et capter son odeur. Trois coups de laser, je sais, quelle horreur ! Moi, je prends le gorille à tête de buffle, nous faisons presque la même taille, et je pense quil sera moins rapide que moi, enchaîna Jimmy, en faisant rouler ses muscles puissants. Sing Hian reprit la parole. Serge, je te conseille de toccuper du gnome, en le précipitant dans le bassin central. Ils sont larges et forts mais nont aucune résistance en apnée. Moi, je me charge du serpent visqueux, cest le plus terrible car il est insaisissable, seuls mes coups Ninjâ peuvent en venir à bout. Je compte sur lun de vous pour le finir au laser, dès quil crachera du feu, car il peut le faire et cest considéré comme une attaque illégale, ajouta-t-il. Les quatre hommes se concentrèrent sur les combats. Ils remarquèrent que presque tous les participants utilisaient des armes, et restèrent sur leur gardes. Lorsque leur tour vint, ils eurent pour adversaires quatre brutes épaisses, quils avaient pu observer. Les brutes avaient triché, durant toutes les rencontres, en utilisant des couteaux à cran darrêt, dissimulés sous leurs manches. Ils neurent aucune peine à les massacrer, connaissant leur piètre ruse. Les mutants ne firent quune bouchée des autres finalistes, dagiles acrobates, qui sétaient contentés de glisser des grenades dans les poches de leur adversaires et de disparaître, avant lexplosion, en faisant des soleils. Ils ne purent résister aux mutants, beaucoup plus forts queux et surtout sans poche, ils combattaient nus. Le grand combat final allait avoir lieu, et la foule était debout sur les gradins de larène ; les billets qui volaient démontraient que les paris étaient élevés. Les deux dernières équipes étaient constituées des meilleurs champions, qui avaient prouvé leur force à maintes reprises, ce qui leur donnait le privilège de ne pas prendre part aux combats de présélections. Ils ne participaient quaux demi-finales et à la finale, sils avaient survécu. Les adversaires se mirent en place dans larène, à environ quatre mètres dintervalle, et tournèrent doucement, en sobservant. Visiblement les mutants avaient eux aussi choisi leurs adversaires, le serpent visqueux regardait Matthieu fixement, le spectre tournait autour de Sing Hian, et le gnome sétait étrangement dirigé vers Jimmy. Le géant roux leva le bras droit, en signe de concertation, et les deux équipes se regroupèrent aux deux extrémités de larène. Sing Hian parla à voix basse. Matthieu, frappe-le serpent aux testicules, il crachera du feu, tue-le tout de suite. Dès que le spectre deviendra invisible, tire au-dessus de moi et jespère que lun de vous pourra labattre, je suis le seul à ne pas posséder de pistolet laser. Serge, le gorille est invincible, tu dois le descendre au laser, mais soit discret. Il disparaîtra en fumée. Jimmy continua. Joccupe le gnome Dès que tu auras tué le gorille, je lenvoie dans le bassin et tu plonges derrière lui pour lachever Ne tinquiète pas Sing, nous ferons au mieux pour descendre le spectre, conclut Matthieu. Un gong indiqua le début du combat, et les champions se précipitèrent. Les mutants étaient très malins car, au dernier moment, ils se dispersèrent et changèrent dadversaire. Serge se trouva face au spectre, et lui envoya un coup à assommer un buf. Son poing ne fit que traverser le vide, alors quil ressentit un violent choc à lestomac, qui lenvoya voler à plus de dix mètres. Puis le spectre devint transparent et la foule se dressa, en hurlant de rage. Serge employa la tactique prévue pour Matthieu, et se tira dessus discrètement, sarrachant loreille gauche. Le sang jaillit, alors que les spectateurs criaient à la triche. Serge prit une pilule revigorante, puis sortit son pistolet et respira à fond, sans rien déceler. Le gorille à tête de buffle sétait jeté sur Sing Hian et se contentait de lécraser. Lasiatique naurait pas loccasion de prouver sa souplesse, et sans arme, il navait aucune chance. Serge le vit en mauvaise posture, il fit mine de chanceler sous un coup invisible, et tira droit sur le gorille, qui disparut dans un jet de fumée noire. Sing Hian se releva, en cherchant sa respiration, il senvola soudain, comme poussé par une force invisible. Serge tira trois fois, à lendroit doù avait décollé Sing. Une volute de fumée rose, dune odeur insupportable se dégagea. Le spectre était hors détat de nuire. Jimmy avait hérité du serpent, et ne savait pas par quel bout le prendre. Il lui glissait des mains, lui envoyant une violente décharge électrique à chaque fois quil le touchait. Frappe-le aux testicules pour lui faire cracher du feu, elle est bonne celle-là. Elles sont où les testicules sur ce genre de mutant ? Je ne vois rien moi. Sing Hian lui montra, en portant un puissant coup de pied sur une partie du corps légèrement plus sombre. Le serpent perdit son souffle, et cracha une gerbe de flammes. Jimmy tira deux fois, le coupant en deux. Non, pas ça ! hurla Sing Hian. Trop tard, il y avait maintenant deux serpents cracheurs de feu. Armes autorisées, clama larbitre dans les hauts-parleurs. Les spectateurs sétaient dressés, hurlant de joie et de terreur mêlées. Vise la tête ! conseilla Sing, en se précipitant pour aider Matthieu, aux prises avec le gnome. La petite créature avait une force incroyable, ils se battaient maintenant dans le bassin. Sing plongea, libérant Matthieu, qui sortit et courut relayer Serge. Vas achever le gnome, je moccupe des serpents. Il activa son laser et, évitant les monstrueux jets de flammes, il tira. Un serpent sécroula et se dédoubla aussitôt. Vise la tête de ces vers de terre, cest lunique moyen de les abattre sans quils ne se dédoublent, lui cria Jimmy en le rejoignant. Très difficile à faire, il fallait alors éviter le jet de flammes au tout dernier moment. Débarrassez-nous de ces monstres et nous doublons la prime, dit le responsable du tournoi dans le micro. Il commençait à saffoler, il y avait maintenant quatre serpents cracheurs de feu, et les deux hommes avaient du mal à les contrôler. Serge et Sing Hian étaient sortis du bassin et le gnome, mort noyé, sétait évaporé en fumée nauséabonde. Serge vint rejoindre ses amis, son pistolet laser à la main. Sing Hian ne savait que faire, démuni darme. Alors lorganisateur du tournoi, de plus en plus inquiet, prit à nouveau la parole. Venez ici jeune asiatique, vous avez été particulièrement courageux. Le comité vous offre un pistolet laser en remerciement, allez aider vos amis. Le jeune homme se précipita, ravi de laubaine. Il savait parfaitement où tirer, et évita les jets de flammes avec souplesse, bondissant à près de trois mètres de hauteur. Il était temps, il y avait maintenant huit monstres dans larêne. Sing Hian sauta huit fois et les tua tous, en visant les yeux. Une odeur de roussi emplit larène, et cest le moment que choisirent les ptérodactyles pour attaquer. Les spectateurs évacuèrent le stade, en hurlant. SSerge prit les directives. Repliez-vous aux extrémités de larène, et concentrez vos tirs sur les ailes. Attention, ce sont des engins mécaniques bourrés de kérosène. Ils en liquidèrent trois, qui explosèrent en dégageant une immense fumée noire. Les autres firent demi-tour. Il est temps de toucher notre prime et dacheter un avion pour partir, dit simplement Serge, et cest ce quils firent. Ils trouvèrent un avion très rapide, équipé de canons laser pour lutter contre les ptérodactyles, quils payèrent huit mille pièces dor. À lintérieur de lavion, étrangement, il y avait un boîtier de sauvegarde à clé. Serge essaya la clé du dernier niveau, elle ne marchait pas. Quallons-nous faire ? sinquiéta-t-il. Prendre la bonne clé, lui répondit Matthieu en souriant. Elle était autour du cou du gnome, heureusement jai pu lui arracher. Le boîtier souvrit aussitôt, ils rechargèrent leur laser et se sauvegardèrent. Il ny a pas de touche Escape, constata Serge. Ce niveau nest pas terminé, nous avons donc le temps de retourner à lauberge saluer nos amis. Matthieu le regarda incrédule. Quest-ce qui pouvait bien pousser son ami à vouloir retourner dans lauberge ? De retour à lhôtel, ils retrouvèrent Yasmina, Jimmy et Sing Hian, et sinstallèrent face à eux dans de confortables fauteuils, près de la piscine. Que comptez-vous faire maintenant ? demanda Matthieu. Nous allons nous aussi acheter un avion, pour rejoindre « la ville aux Sept Circuits », la saison commence et nous ne voulons pas rater cela. Yasmina nous accompagnera, elle nous a appris quelle était originaire de cette région, répondirent-ils. Serge se leva soudain et sexcusa, puis il entra dans lauberge. Matthieu le regarda séloigner, étonné, alors que ses deux compagnons riaient sous cape. Ton ami est parti séduire notre belle hôtesse, il avait une cote denfer. Tu as tout ton temps, prends donc un verre avec nous. Le teint de la jolie Yasmina se colora légèrement, elle observa Matthieu à la dérobée. Le jeune homme ne sen aperçut pas, il semblait seulement stupéfait et la jeune fille sourit, en voyant son air ingénu. |
9 Il était treize heures trente, lorsque Francis Pugeol frappa chez le gardien de la résidence. Comment vas-tu Albert ? Tu as une vie de pacha ici, une vrai retraite. Je viens rendre visite à Gilles Boris, linformaticien, jai une enveloppe à lui remettre en main propre. Tu peux me dire où est sa propriété ? Cest la maison numéro douze, un bâtiment futuriste tout en verre fumé, tu ne peux pas la rater. Mais, je crois quil a dû partir déjeuner en ville, je nai pas vu sa voiture revenir. Ce nest pas grave, je lattendrai dehors. Je vais pouvoir loucher sur toutes ces baraques, ce nest pas demain que jaurai les moyens de men offrir une. Et saluant le gardien, Francis partit à pied vers la résidence. En atteignant la maison de Gilles Boris il ralentit le pas, puis en fit silencieusement le tour. Une porte-fenêtre était entrouverte, et il se glissa à lintérieur. La maison était grande, et il la visita de fond en comble. Il trouva enfin ce quil cherchait, une salle bourrée dordinateurs, avec au centre sur un bureau, un portable allumé. Il passa négligemment son doigt sur le pavé tactile et un grand écran mural sactiva : « Piège virtuel ». Francis avait vu juste, il se trouvait dans le même jeu que chez Matthieu et chez Serge Alès. Étrange coïncidence, tout de même. Soudain, son regard fut attiré par deux écrans, situés sur sa droite. On jurerait du matériel médical. Les écrans affichaient des chiffres, et un graphique se modifiait sans cesse. Le détective reporta son regard sur lécran mural. Il vit une sorte darène et des hommes qui se battaient. Les deux costauds, quil avait aperçu chez Serges Alès, en faisaient partie. Un des hommes avait plongé dans un bassin, et saisi une sorte de gnome vert en étranglement. Francis consulta à nouveau lécran médical et ne put retenir une exclamation, le graphique était presque plat et les chiffres très bas. Ou il meurt, ou il est en apnée, pensa-t-il. Au contraire, lautre graphique était très haché et les chiffres indiquaient « 16-9 ». Francis regarda le grand écran, le deuxième costaud était aux prises avec un monstre, qui ressemblait à un serpent. Il labattit avec un pistolet laser. Le monstre sécroula et se divisa en deux autres bêtes identiques, qui crachaient des flammes. Les chiffres passèrent à « 19-8 ». Des émotions intenses qui augmentent le rythme cardiaque. Je ny comprends rien, mais je sens que je touche au but À cet instant, un souffle dair fit battre la porte de la pièce, quelquun entrait dans la maison ! Le détective se déplaça doucement et jeta un regard dans lentrebâillement, Gilles Boris gravissait lescalier en silence, un revolver à la main. Francis chercha une issue possible, la pièce navait pas de fenêtre. Soudain il aperçut une porte dérobée, quil navait pas remarquée en entrant, il la rejoignit sans bruit et actionna le pêne, elle souvrit aussitôt. Il pénétra dans une pièce sans lumière, en retenant son souffle, il essaya de shabituer à lobscurité et écouta lapproche de linformaticien. Gilles Boris était maintenant entré dans la pièce où se trouvaient les ordinateurs, et Francis pensa : Pourvu que léconomiseur décran se soit remis en route. Linformaticien ne dit pas un mot, et le détective en conclut que lécran sétait à nouveau éteint. Soudain, la porte grinça et Francis chercha une cachette. Il crut discerner un lit et se glissa dessous, le souffle court. La porte souvrit et se referma aussitôt. Puis la voix de Gilles Boris retentit. Comment allez-vous mes chéris ? À première vue, vous vous amusez-bien. Tu ne connaissais pas le serpent cracheur de flammes, Serge ? Dommage ! Je lai trouvé dans un autre jeu, que tu nas malheureusement pas conçu. Intéressant, non ? Il reprit, dune voix qui frisait la démence. Et les ptérodactyles ? Tu ne les attendais pas ici, nest-ce-pas ? Je les ai sortis du dernier niveau, car je ne pense pas que tu latteindras. Brusquement, sa voix prit un rythme inquiétant. Mais ils ne tirent pas ! Quest-ce que cela veut dire ? Jai dû oublier quelque chose. Vite, vite ! Il faut que je trouve. Un bruit de clavier fit comprendre à Francis que linformaticien consultait lordinateur. Il en profita pour se relever et glisser un il par le trou de la serrure. Gilles Boris cherchait effectivement quelque chose. Il activa une icône ovale et la fit glisser, un peu plus bas, sur une autre icône qui représentait une tête doiseau. Et voilà, vous allez pouvoir vous amuser maintenant. Un son dorgue, que Francis connaissait bien, lui fit comprendre que lordinateur redémarrait. Ah ce son ! Je le détesterai toujours, dit Gilles Boris. Puis, il quitta la pièce, en claquant la porte. Le détective se redressa, ses yeux sétaient habitués à la pénombre, il y voyait comme en plein jour maintenant. Il se retourna, et observa la pièce. Ce quil y découvrit le fit frissonner dhorreur. Mon intuition était donc bonne, ce Boris est réellement diabolique ! Je dois à tout prix sortir dici Francis Pugeol chercha une nouvelle issue et découvrit un conduit daération, équipé dune étroite échelle qui devait servir au nettoyage du circuit de climatisation. Il lemprunta, et se retrouva deux étages plus bas au sous-sol. Il atterrit dans un vaste garage, puis il se glissa à lextérieur, sans bruit. La voiture de Gilles Boris était stationnée devant le perron, mais le détective put rejoindre la rue sans encombre. Il partit en courant vers lentrée de la résidence. |
2
Le circuit diabolique Le lendemain, les cinq nouveaux amis rejoignirent laéroport. Serge sifflotait, visiblement satisfait. Matthieu lobserva, dun regard en biais. Après tout les femmes présentent peut-être plus dintérêt que les jeux vidéo, qui sait ? pensa-t-il. Il ne sy était jamais vraiment intéressé auparavant, mais sa récente aventure lavait mûri ; il regarda Yasmina, qui lui fit un gracieux sourire, et se sentit étrangement joyeux. Jimmy et Sing Hian achetèrent un avion, identique au leur et équipé du même type darmement. Les deux champions avaient décidé daider leurs amis à détruire les ptérodactyles, avant de rejoindre la ville aux Sept Circuits. Il ne faut jamais se trouver en face deux sils se mettent à tirer, leur puissance de feu est considérable. Jusquà maintenant, aucun deux na utilisé ses canons laser, mais on ne sait jamais, les prévint Serge en ouvrant le cockpit. OK boys, répondit Jimmy, en prenant place dans lappareil, avec Yasmina et Sing Hian. À bientôt, dans la ville aux Sept Circuits. Serge et Matthieu leur firent un signe damitié et, dans un sifflement strident, ils décollèrent en même temps, se dirigeant vers le sud. Les ptérodactyles attaquèrent aussitôt. Matthieu les compta, il y en avait exactement vingt-quatre. Tu en avais prévu combien, dans le Piège denfer ? demanda-t-il, en tutoyant Serge. Le jeune homme avait décidé quil était adulte maintenant, et il pouvait donc tutoyer son ami. Trente deux. Nous en avons abattu un dans le temple hindou et six ici. Il nen reste donc logiquement quun dans le dernier niveau, si Gilles ne sest pas amusé à les dupliquer. Dans le premier cas, le Piège denfer serait considérablement simplifié. Espérons quil ny a pas pensé, soupira Matthieu, en dirigeant un des canon laser vers le premier assaillant. Il le toucha en un seul tir, et le monstrueux oiseau métallique piqua vers le sol en explosant. Jimmy, Sing Hian et Yasmina faisaient du beau travail ; ils en éliminèrent trois dun coup, en vrais kamikazes. Nous avons du retard, nos amis nous battent de deux points, au boulot, sourit Serge en piquant sur les monstres. Ils rattrapèrent leur retard et lavion fit une nouvelle boucle, pour repartir à lattaque. Au même moment, un éclair de feu passa au ras de la carlingue. Certains sont armés ! Ou alors Gilles nous surveille et sest rendu compte de son erreur. Il va y avoir du sport, cria Serge en piquant vers le sol. Ils étaient poursuivis par deux ptérodactyles et leurs tirs laser les frôlèrent. Il piqua ainsi jusquà trente pieds et redressa brutalement, les deux oiseaux sécrasèrent en explosant violemment. Lavion remontait en flèche, sapprochant dune dizaine de monstres, qui étaient à la poursuite de Jimmy. Ils les rejoignirent et Matthieu appuya sur la détente, en éliminant trois dun coup, il compta mentalement quil devait en rester douze au maximum. Jimmy était parti en piqué, employant leur précédente technique, et poursuivi par quatre oiseaux. Serge fit un looping et aperçut deux ptérodactyles qui fondaient sur eux, face à face. Trop drôle ! dit-il, en dégageant brutalement. Les deux monstres arrivaient lun vers lautre, à pleine puissance, et ne purent séviter. Ils se télescopèrent brutalement, dans une explosion retentissante qui déséquilibra lavion. Serge eut toutes les peines du monde à le rétablir, puis il reprit son cap vers le sud, alors que lappareil de leurs amis se plaçait à leur hauteur. Sing Hian leur fit signe de les suivre. Ils étaient poursuivis par les six derniers ptérodactyles et se dirigeaient vers des montagnes noires, à lest. Les deux avions venaient de franchir le mur du son, lorsque Jimmy plongea brutalement au cur du massif. Où va-t-il ? Nous allons percuter les roches à cette vitesse ! sétonna Serge. Deux puissants jets laser le rappelèrent à la réalité, et il suivit son ami. Il y avait une mince fente dans la roche, Jimmy bascula son avion à 90° et sengouffra dans létroit passage. Serge suivit en pestant. Nous allons nous écraser ! Deux ptérodactyles explosèrent derrière eux, et les quatre autres les prirent en chasse, sans cesser de tirer. Les deux avions évitaient les tirs au mieux, Serge était tendu et Matthieu ripostait, essayant de viser. La roche se resserra à nouveau et langle passa à 120°, deux oiseaux y laissèrent leurs ailes et disparurent en flamme. Alors, Jimmy changea brusquement de cap et partit droit vers le ciel, suivit par Serge, il vira brutalement à droite et fit un tour complet. Les deux derniers ptérodactyles étaient juste derrière lappareil de Serge, qui appliqua la tactique de son ami. Jimmy avait terminé sa circonférence et se trouvait maintenant sous les oiseaux, il les abattit en un seul tir. Sing Hian leva le pouce en signe de satisfaction et ils se dirigèrent vers la ville aux Sept Circuits. Matthieu appuya sur « Save ». Je me demande comment nous allons franchir le prochain niveau. Il ny a pas de touche Escape. Nous verrons bien, répondit Serge. Ils survolaient maintenant une ville. Lavion de leurs amis se plaça devant eux et balança les ailes, pour leur indiquer quils étaient arrivés. Ils le suivirent, et Serge poussa le manche pour commencer à descendre. Notre avion ne répond plus ! sexclama-t-il. Il survole laéroport, mais refuse de descendre, nous navons pas le choix, nous devons sauter. Il leva le bras, pour tirer sur le levier marqué « Eject », et se ravisa. Donne-moi la main, Matthieu. Sur le levier était maintenant inscrit « Escape ». Matthieu tendit sa main et Serge actionna le levier. Ils furent brutalement éjectés de lappareil, mais sans parachute ! Des grondements réguliers se faisaient entendre autour de lui, et Matthieu mit quelques secondes à comprendre quil se trouvait assis dans une voiture de course, le corps maintenu par des harnais de sécurité. Il accéléra lui aussi, observant le triple feu rouge, face à lui. En jetant un regard sur sa gauche, il reconnut Serge à bord dune voiture rouge vif qui portait le numéro 10, ils se firent un signe amical et fixèrent à nouveau les feux. Quand ils passèrent au vert, le jeune homme accéléra à fond. Il avait eu le temps de comprendre quil pilotait une automatique, et ne toucha pas au levier. Lorsquil saperçut quil sétait fait passer par tous les concurrents, il regarda son levier de plus près. La voiture disposait de six vitesses, plus deux lettres « A » et « R ». Matthieu leva le pied et tira le levier jusquà 4, la voiture bondit, il appuya à fond, releva le pied de laccélérateur et passa sur 5. Sans lever le pied, il tira jusquà 6 ; la voiture bondit à nouveau, il avait compris le maniement du bolide. Il était temps, les premiers concurrents arrivaient dans ses rétroviseurs. Matthieu accéléra encore et les distança, en prenant un plaisir fou à conduire. Il retrouva très vite les réflexes quil avait acquis sur sa console vidéo, il était le meilleur dans cette discipline, face à ses copains. En trois tours, il avait rattrapé la meute, et il commença à remonter les bolides un à un. Il comprit très vite que le jeu nétait pas sans risque, les pilotes ne se faisaient aucun cadeau, nhésitant pas à se pousser contre les murs de béton brut, qui cerclaient le circuit. Il ny avait aucune barrière de sécurité et une partie du parcours longeait un ravin, où les voitures disparaissaient lune après lautre. Au cinquième tour, il reconnut la voiture de Serge, aux prises avec un bolide jaune, qui essayait de le projeter à lextérieur. Matthieu, à pleine vitesse, son compteur indiquait 360 Km/h, percuta la voiture jaune à larrière, il perdit instantanément 120 Km/h, rétrograda et repartit en surveillant ses rétroviseurs. Ses poursuivants étaient tout près maintenant. Il accéléra à nouveau, coupa un virage en total dérapage, et rattrapa les deux voiture de tête. Serge était toujours talonné par le bolide jaune, Matthieu se rapprocha et cueillit la voiture juste à langle, puis passa en seconde place. Dans son rétroviseur, il constata que la voiture jaune était partie en tête-à-queue et que les autres concurrents sécrasaient dessus. Il rit en rattrapant Serge, et ils passèrent la ligne darrivée roues dans roues. Ils se congratulaient sur le podium, lorsque deux voix connues les interpellèrent. Eh bien vous navez pas perdu de temps ! Nous étions inquiets, nous ne vous avons pas vu atterrir, sinquiétaient Sing Hian et Jimmy. Yasmina, en retrait, dévorait Matthieu des yeux. Le jeune homme répondit timidement à son sourire. Serge rassura les deux champions. Je vous expliquerai tout ce soir. Avez-vous trouvé un hôtel ? Pas question dhôtel ici, vous êtes nos invités, cette ville est notre résidence habituelle, leur expliqua Jimmy en souriant. Eh bien allons-y, javoue que je suis fatigué, pas toi Matthieu ? Je suis épuisé tu veux dire, répondit le jeune homme, en emboîtant le pas à ses amis. Vous auriez pu nous dire que vous étiez inscrits, nous lavons découvert sur les panneaux à lentrée du circuit. En plus, vous êtes les favoris, leur dit Sing Hian sur un ton de reproche. Nous ne le savions pas nous même, avoua Serge. Mais, je vous dois des explications, dès que nous serons arrivés chez vous. La résidence des deux champions était à lécart de la ville et Jimmy les emmena dans une imposante limousine, de marque inconnue, dont il semblait très fier. Ils leur firent visiter la maison. Face au salon, il y avait une terrasse où étaient nonchalamment étendues trois superbes filles de race différente. Vos amies sont splendides ! sexclama Serge en connaisseur. Ce sont nos amies à tous les quatre, nous aimons recevoir dans les règles de lart, répondit Sing Hian en souriant, et Matthieu pensa que le temps était peut-être venu doublier les jeux vidéo. Comme sil avait lu dans ses pensées, Serge seffaça et le laissa passer devant lui. À toi lhonneur Matthieu, il est peut-être temps pour toi de changer de jeu. Jimmy et Sing Hian éclatèrent de rire. En rougissant, le jeune homme sapprocha des jeunes filles et les salua. Bonjour mesdemoiselles, votre présence est un ravissement pour les yeux et pour le cur. Elles le remercièrent dun sourire délicieux, alors que Yasmina sombrageait. Une adorable métisse le remarqua et lui approcha un transat. Viens tallonger avec nous, il y a un soleil splendide. Comment tappelles-tu ? Tu as des yeux superbes ! Je mappelle Yasmina, répondit la jeune fille, ravie, alors que les quatre champions se dirigeaient vers le bar, entraînés par Jimmy. Après un solide repas, les quatre hommes sinstallèrent avec les jeunes filles sur les profonds canapés du salon, en allumant des cigares que Matthieu refusa poliment. Il voulait bien atteindre lâge adulte, mais les cigares ne linspirait pas vraiment. Il refusa aussi les alcools que Jimmy servait généreusement et que Serge accepta sans aucun remords. Maintenant tu nous dois des explications Serge, demanda Jimmy en tirant sur son havane. Jaimerais aussi comprendre doù vous veniez, lorsque vous mavez tirée des griffes des mutants satyres, et comment nous nous sommes retrouvés en plein désert en moins dune seconde, renchérit Yasmina toute excitée. Serge leur expliqua, en détail, le piège dans lequel Matthieu et lui se trouvaient. Il commenta leurs précédentes aventures, le Labyrinthe infernal, la Rivière sans retour et le Temple maudit. Ainsi vous vous retrouvez transférés dans un jeu conçu par Serge, cest du moins ce que vous imaginez. Nous pouvons vous assurer que ce monde est bien réel, rétorqua Sing Hian. Pour vous peut-être, mais comment expliquer que nous navons pas pu atterrir et que le levier marqué « Eject » sest changé en « Escape » ? Et par quel miracle nous sommes-nous retrouvés au volant de ces bolides ? Et connais-tu létape suivante ? demanda Jimmy, intrigué. Dans mon jeu, ces deux niveaux nexistent pas, je nai jamais programmé « la ville des Combattants » et je viens juste de terminer celui-ci, « le Circuit diabolique » Logiquement, le prochain se nomme « le Piège denfer », et se situe dans une usine radio-active, gardée par de dangereux mutants et survolée par les ptérodactyles que nous avons abattus, ajouta Serge. Tout cela ne tient pas debout, rétorqua Jimmy, en remplissant à nouveau les verres et en servant un jus de fruits à Yasmina et à Matthieu. Nous avons tous les deux trente ans, et avons toujours vécu ici. La ville doù nous venons a toujours existé, nous nous y rendons tous les ans depuis plus de dix ans. Nous en vivons dailleurs très bien Sing Hian reprit : La rivière sans retour existe réellement, mais nous ne lavons jamais remontée, le courant est trop violent et il y a une jungle inhospitalière autour, remplie de gnomes verts et de dangereux mutants. Cest en partie pour cette raison que mes parents avaient choisi dutiliser un avion, approuva Yasmina. Et lusine atomique existe aussi, ajouta Jimmy. Ce nest pas un endroit agréable, mais il ny a pas de course demain matin, nous vous y emmènerons. Serge et Matthieu se regardèrent, sceptiques. Nous pouvons essayer dy aller, nous verrons bien ; mais je ne pense pas que nous pourrons sortir de ce niveau sans avoir gagné toutes les courses, conclut Serge. Yasmina, qui se trouvait à côté de Matthieu, émit soudain un soupir, se pencha vers lui et lembrassa tendrement au coin des lèvres. Si nous allions dormir ? Jaimerais vérifier si tu es bien réel. Le jeune homme devint rouge comme une pivoine, et ses trois compagnons éclatèrent de rire. Cest une excellente idée les amis. Allons dormir. Nous aviserons demain, proposa Jimmy en se levant. Matthieu suivit sa jolie compagne, le cur battant. Il navait jamais touché une fille de sa vie, et le rapide baiser de Yasmina lavait bouleversé. Il sentit une peur panique lenvahir. La jeune fille navait pas lâché sa main et lentraîna rapidement vers la chambre, que Jimmy lui avait réservée. Une fois la porte refermée, elle se tourna vers lui et lembrassa à nouveau, en se soulevant sur la pointe des pieds. Pour moi, cest la première fois, je nai que seize ans, lui avoua-t-elle en tremblant. Moi aussi je nai que seize ans et cest aussi la première fois, lui répondit Matthieu en lui rendant maladroitement son baiser. Tu parais beaucoup plus vieux, tu es tellement musclé, dit-elle en caressant son torse bronzé et en lentraînant vers le lit. Matthieu la souleva soudain et la coucha délicatement, tout en lembrassant. Puis il entreprit de déboutonner sa robe. Alors Yasmina rit. Tu ne me mens pas, visiblement tu nas jamais déshabillé de fille. Laisse-moi faire, dit-elle en prenant lavantage. Elle ne mit que quelques secondes à retirer ses vêtements, puis se redressa et se recula, en fixant le jeune homme, soudain inquiète. Tu me trouves réellement jolie ? Je te trouve adorable, répondit le jeune homme, le souffle court. Debout, elle était encore plus belle que lorsquil lavait découverte, dans le temple hindou. Ses seins ronds, aux pointes dressées par le désir, étaient si fermes et ses hanches dessinaient une courbe tellement gracile. En prolongement du nombril, son ventre, élégamment bombé, se rétrécissait jusquà son pubis noir comme le jais, qui ressemblait à un petit éventail. Elle avait de longues jambes fines et Matthieu nen pouvait plus de contempler son corps. À toi maintenant, dit-elle dune voix altérée, en se rapprochant et en lui ôtant son tee-shirt. Elle caressa longuement son torse et descendit vers les abdominaux durs comme de lacier, puis doucement, elle défit son ceinturon, dégrafa le premier bouton de son jean et dun geste brusque elle louvrit, libérant les derniers boutons, tout en le basculant sur le lit. Alors, elle lembrassa à pleine bouche, pendant que le jeune homme essayait vainement de retirer ses rangers. Son corps, léger comme une plume, dégageait une chaleur intense et Matthieu pensa quil naurait pas le temps de lui faire lamour, tellement il avait envie delle. Comme si elle lavait compris, elle relâcha sa pression et laida à retirer le reste de ses vêtements. Puis elle se glissa à nouveau sur lui. Doucement, sil te plaît, lui dit-elle, cest la première fois et tu ne connais pas ta force, je le sens. Matthieu la pénétra lentement, attentif à sa progression, en retenant un désir qui samplifiait à lui faire mal. Yasmina devint pâle et laissa échapper un cri de douleur, puis elle bougea sur un rythme de plus en plus rapide, et soudain elle sactiva fébrilement en gémissant. Le jeune homme se sentit pris dans un remous intense, comme un océan en furie. Brusquement, il ne put plus se contenir et jouit, alors que sa compagne hurlait de plaisir. Il firent ainsi lamour toute la nuit, sinterrompant pour de brèves minutes de sommeil, étroitement enlacés, en faisant les mêmes rêves délicieux. Le lendemain, ils se retrouvèrent tous très tôt, pour prendre le petit déjeuner. Matthieu semblait très ensommeillé et souriait aux anges. Sa jolie compagne se moqua de lui, en lembrassant. Je peux vous assurer quil est bien réel, et même très très présent. Te voilà un homme maintenant, lui dit Serge, en souriant et en lui tapant amicalement lépaule. Ils déjeunèrent très vite et prirent place dans un véhicule tout-terrain, car la route de lusine atomique était impraticable. Faites attention à vous, cet endroit est dangereux, les supplia Yasmina. Appelez-nous si vous avez un problème, nous trouverons une solution pour vous rejoindre, ajouta-t-elle, en désignant le téléphone du 4x4. Lusine se trouvait à une heure de la ville aux Sept Circuits, dans une région montagneuse, et Sing Hian qui conduisait, connaissait très bien litinéraire, se jouant des ornières. Il mirent pile une heure pour sy rendre. La voilà ! Tu la reconnais, Serge ? dit Jimmy, en montrant un énorme et sinistre bloc de béton, qui se détachait sur le ciel rouge à lhorizon. Cest bien elle ! Visiblement nous avons abattu tous les ptérodactyles, le ciel est vide. Approchons-nous. Noublie pas quil en reste logiquement un, rappela Matthieu. Il avait à peine prononcé ces mots, que le monstre apparut. Il survola le 4X4, mais ne tira pas. Ils sapprochèrent de lusine, et descendirent du véhicule. Serge sortit le portable de son sac et le consulta. Il nindique rien, dit-il, en le tendant à Matthieu. Javais raison, regarde Le jeune homme prit lordinateur, et constata que limage montrait toujours le Circuit infernal. À cet instant, cinq mutants satyres sortirent de lusine. Serge brandit son pistolet laser et tira, sans succès. Les mutants passèrent à deux mètres deux, sans sembler les voir. Alors, vous êtes convaincus maintenant ? Ils reprirent le tout-terrain et firent rapidement demi-tour vers la ville aux Sept Circuits. Durant plusieurs minutes, aucun dentre eux ne parla, ils étaient trop soucieux. Cest une histoire incroyable, dit enfin Jimmy, rompant ce lourd silence. Les mutants ne nous ont même pas vus. Pourtant, nous au moins nous sommes bien réels, nous ne faisons pas partie dun jeu vidéo, et les mutants satyres ont lordre de tirer à vue sur quiconque sapproche de lusine. Serge était pâle. Nous navons pas le choix, nous devons gagner toutes les courses Il reste six circuits, les cinq suivants sont réalisables, mais le dernier est diabolique. Vous ne devrez surtout pas tomber dans le « Gouffre sans fin », ou vous mourrez, approuva Sing Hian. Le problème cest que nous ne mourrons pas, nous reviendrons à la dernière sauvegarde, cest à dire à la première course, cela devient vite épuisant Je nai pas du tout envie que ça arrive, mais là vous seriez bien obligés de me croire. Nous te croyons Serge, nous te croyons, les mutants nous ont convaincus, lui répondit Jimmy, soudain grave. Dans la dernière course, ceux qui gagnent savent éviter les autres bolides, vous y arriverez jen suis sûr, renchérit-il. Les courses reprenaient à quatorze heures, et ils passèrent la fin de la matinée à se reposer, profitant de la piscine et de leurs attentives amies. Lorsque la deuxième course sannonça, Matthieu était fin prêt, il avait parfaitement assimilé le fonctionnement du levier de vitesses et Serge lui avait indiqué tous les pièges des courses à venir. La principale difficulté de celle-ci était une suite de dos dânes meurtriers, qui faisaient décoller les bolides à pleine vitesse. Si un dos dâne était mal pris, la voiture senvolait et se retournait sur le suivant. Juste à lentrée du dos dâne, tu relèves le pied un quart de seconde, puis tu appuies à fond, dans ce cas les amortisseurs se tassent et la voiture reste plaquée au sol. Tu as juste une impression dascenseur, qui est dailleurs assez amusante, lui avait confié Serge. Matthieu, en contrôlant le régime de son bolide, guettait le passage des feux au vert, il espérait bien finir premier, cette fois. Au vert, il écrasa laccélérateur à fond et monta les vitesses, il était quatrième et roulait à 280 Km/h lorsque le premier dos dâne apparut. À cet instant un concurrent le doubla à plus de 300 Km/h. Matthieu leva légèrement le pied de laccélérateur, puis lenfonça au plancher. Il passa lobstacle en douceur, alors que lautre bolide était à deux mètres du sol. Au deuxième dos dâne, le jeune homme releva à nouveau le pied, puis passa à fond. Son adversaire sexplosa littéralement. Matthieu accéléra encore, pour éviter dêtre touché par les débris. Maintenant quil avait parfaitement assimilé la technique, il atteignit 360 Km/h. Le système fonctionnait très bien, même à cette vitesse, et il se trouva rapidement dans le peloton de tête. Serge était toujours premier, mais les autres concurrents savaient fort bien conduire. Matthieu dut ruser pour les éliminer, il en restait quatre. Il doubla le dernier dans une ligne droite et, juste avant le dos dâne il serra à droite, puis redressa en levant le pied, pour prendre lobstacle en ligne. Son adversaire donna un léger coup de volant, pour le doubler à gauche, et cela le perdit. Il nétait plus dans le bon axe et senvola, partant en tonneaux successifs. Trois tours plus loin, Matthieu était à la hauteur de la voiture de Serge, ils attaquaient le dernier dos dâne. Le jeune homme joua le tout pour le tout et ne ralentit pas, bien au contraire, son bolide senvola et retomba trois mètres devant la voiture de son ami. Il ne restait plus que trois cent mètres à parcourir pour atteindre larrivée, Matthieu accéléra encore et passa la ligne en tête. Il avait gagné ! Sur le podium, Serge le félicita chaleureusement. Tu as pris des risques pour me battre et tu ten es bien tiré. Pour la troisième course, je te demande fermement de démarrer très vite, pour être juste derrière moi. Ne cherche pas à me doubler, elle est meurtrière, toute en courbes droite-gauche et sans aucune barrière de sécurité. Il y a tout juste la place pour passer à deux de front, et toute la course se réalise en dérapages successifs. Les bolides tombent dans le vide, à vingt mètres de hauteur. Matthieu promit de ne pas doubler. Dès le premier virage, il comprit ce que Serge avait voulu dire et se contenta de le suivre. Il finit juste derrière son ami la peur au ventre. Sur vingt-six concurrents, il nen restait plus que douze, tous les autres étaient morts. Les quatre dernières courses avaient lieu le lendemain, et étaient très particulières. Il ne sagissait plus dun circuit, mais de grandes empreintes de météorites parfaitement rondes, tout du moins pour les trois premières. La quatrième empreinte, juste au bord du « Gouffre sans fin », était la plus meurtrière. Nos amis se relaxèrent, pour être en pleine forme le lendemain. Les jeunes filles que Jimmy avait invitées étaient très douées pour les massages, et leur dénouèrent les muscles un à un, puis leur firent prendre un bain très chaud. Ils rejoignirent Sing Hian et Jimmy, parfaitement détendus. Le géant roux prit la parole, visiblement soucieux : Lorsque vous aurez gagné la dernière course, vous trouverez vraisemblablement un boîtier de sauvegarde, qui vous téléportera directement dans lusine atomique ? Cest probable oui, répondit Serge en observant son ami, cherchant à comprendre où il voulait en venir. Eh bien. Nous avons décidé de ne pas vous laisser tomber. Nous prendrons lavion, pour détruire le ou les ptérodactyles. Puis, nous nous poserons plus loin et vous rejoindrons dans lusine, reprit Sing Hian. Nous ne pouvons pas accepter. Pour lavion daccord, mais lusine est atomique et les radiations vous tueraient À lintérieur, il y a des bacs dacide, que nous devrons traverser pour ouvrir tous les passages, rétorqua Serge. Et puis, les mutants sont encore plus dangereux que ceux que nous avons battus avec peine dans larène, ajouta Matthieu. Cest bien justement pourquoi nous tenons à vous aider, nayez crainte nous avons tout prévu, insista Jimmy en se levant et en ouvrant un placard, doù il sortit quatre combinaisons antiradiation. Vous êtes de vrais amis, mais vous oubliez que vous risquez votre vie. Nous, nous risquons seulement de revenir à la sauvegarde, ajouta Matthieu. Nous avons beaucoup réfléchi à votre aventure. Si Gilles Boris vous a réellement plongé dans cette galère, il na pas lintention de vous voir en sortir vivants. Quels arguments aurait-il sil se trouvait en face de vous ? Pour lui, cest devenu une affaire de vie ou de mort, il est sans doute devenu fou, insista Jimmy, gravement. Vous avez raison ! répondit Serge. Gilles Boris doit être dérangé et je ne sais pas quel nouveau piège il nous réserve, dans lusine Puis il se leva, essaya une combinaison antiradiation, et constata quelle était très légère. Il en tendit alors une à Matthieu, et ils les placèrent dans leurs sacs. Je veux venir avec vous, sexclama soudain Yasmina. Impossible ! répliqua Jimmy. Cest beaucoup trop dangereux, et de toute façon nous navons plus de combinaison antiradiation. Je peux tout de même vous accompagner dans lavion je sais piloter, mon père mavait appris Je le garderai, sil vient dautres mutants. Bon daccord, répondit le géant, à regrets. Mais ne tavise pas de sortir de lappareil. Le lendemain, alors que les dernières courses commençaient, Serge calcula que laventure durait depuis plus de huit jours. Les parents de Matthieu ont dû sinquiéter, depuis tout ce temps. Ils ont sûrement prévenu la police, et une enquête doit être ouverte. Les trois premières courses ressemblaient à du stock-car, et étaient plutôt amusantes. La technique consistait à toucher le bolide adverse dans un angle, pour provoquer une série de tonneaux irrémédiables. Matthieu samusa comme un fou et ils finirent tous deux sur le podium, seulement second et troisième, un colosse leur avait ravi trois fois la première place. Cétait un vrai kamikaze, et les deux jeunes hommes décidèrent de sen méfier pour la dernière épreuve, il était capable de venir les chercher pour les précipiter dans le Gouffre sans fin. Lorsquils se mirent en place pour la finale, une foule énorme était massée sur les rebords de lempreinte de météorite. La mort attire toujours les populations, pensa Serge en faisant ronfler le moteur de son douze cylindres, qui ne demandait quà sélancer. Le départ donné, un rugissement rageur emplit la vaste carrière, et les bolides se ruèrent les uns sur les autres. Serge braqua tout à gauche et contourna la meute, croisant la voiture de Matthieu, prudent. Il remarqua que le gagnant des trois premières manches procédait de même, et ne le quitta plus des yeux. Matthieu avait suivi les conseils de ses amis, mais il avait tout de même envie de participer au carnage, il sapprocha du vide et y propulsa trois voitures. Une intuition lui fit tourner la tête, le colosse lui fonçait droit dessus. Matthieu accéléra et évita limpact. Il y va tout droit, le dingue ! Mais son adversaire savait conduire, il fit un ultime tête-à-queue pour échapper au gouffre et se rua à la poursuite de Matthieu. Le jeune homme rejoignit le fond de la carrière et, juste avant les premiers rochers, il vira sur place. Le colosse avait des réflexes, il évita la muraille et continua sa poursuite. Matthieu se dirigeait à fond vers le gouffre, tentant une ultime manuvre, lorsquil vit passer une masse au-dessus de sa tête. Il pila à mort et changea de cap, il avait reconnu la voiture du colosse. En tournant la tête, il aperçut le bolide de Serge qui venait vers lui, dans une série de dangereux tonneaux. En propulsant la voiture du colosse vers le gouffre, il avait perdu le contrôle de la sienne. Matthieu appuya à fond sur laccélérateur et percuta la voiture de Serge, juste à langle, déviant sa trajectoire. Comme elle sécrasait sur la muraille, il la rejoignit et descendit en courant de son bolide. Serge était très mal en point, le jeune homme le tira du véhicule, juste avant quil nexplose, et lui plaça une pilule bleue dans la bouche. Si je comprends bien, nous avons gagné, dit Serge en revenant à lui. Oui, nous avons gagné, mais nous ne serons que deux sur le podium, le colosse était vraiment trop casse-cou, lui répondit Matthieu. Comme prévu, ils trouvèrent une sauvegarde et un « Escape » sur la plate-forme. Ils disparurent dans un éclair, laissant les spectateurs pantois. |
10 Francis Pugeol avait traversé la résidence en courant, rejoint sa voiture sans saluer le gardien, et démarré en trombe. Tout en conduisant, il saisit son téléphone portable et appela le labo de la PJ. Allo, Jacky ? As-tu le résultat des analyses ? Je viens juste de terminer, les empreintes appartiennent à Serge Alès et à Gilles Boris. Je nai eu aucune peine à les identifier, ils soccupent tous les deux de la maintenance des ordinateurs de la PJ et ont référencé leurs empreintes, pour pouvoir entrer dans nos locaux. Jacky continua : La bouteille de champagne est tout à fait normale. En revanche, sur lun des verres, il reste les traces dun hallucinogène vaudou très puissant. Lhomme qui ingurgite cette saloperie devient un véritable zombie, à la merci de celui qui lui a fait boire. Cest bien ce que je pensais. Cest dangereux pour lorganisme ? Absolument pas, mais cela dépend de ce que la victime réalise sous lemprise de la drogue. Cest le cerveau qui travaille et le rythme cardiaque suit, si tu vois ce que je veux dire. Je vois, je vois même très bien. Peux-tu mouvrir un dossier, en toute confidentialité ? demanda Francis. Je pourrais, mais je dois avoir lordre dun inspecteur et il ny a pas denquête officielle, répondit Jacky. Je vais contacter Pierre Tréson de ce pas, pour quil dépose plainte et fasse ouvrir une enquête. Jusquici, tu ne sais rien. Et le détective accéléra, en se dirigeant vers le domicile de lindustriel. Dix minutes plus tard, il sonnait à la grille et la mère de Matthieu le fit entrer. Bonjour Carole, jai du nouveau Pierre est-il ici ? Non, il est à son bureau, je lappelle, répondit-elle, affolée. Demandez-lui de venir tout de suite. Pierre arriva rapidement, très excité. Ton enquête a progressé ? Raconte vite ! Francis leur commenta ses visites au domicile de Serge Alès, puis chez Gilles Boris, et la découverte du même jeu que sur lordinateur de Matthieu. Surtout ne vous affolez pas, jai aussi découvert autre chose chez Gilles Boris. Il séquestre Matthieu et Serge Alès en les maintenant sous lemprise dune drogue et, par je ne sais quel artifice, il les fait voyager dans ce jeu vidéo. Venez voir ! Et il les précéda dans la chambre de Matthieu, il bougea la souris, pour désactiver léconomiseur décran, et le jeu apparut. Trois hommes étaient debout sur un podium et levaient les bras en signe de victoire. Puis, trois autres personnages, une jeune eurasienne, un géant roux et un frêle asiatique venaient congratuler deux des vainqueurs. Pierre les détailla, ils sagissait de deux athlètes. Il ne reconnut pas le brun, mais le blond lui rappela Matthieu, avec au moins cinq ans, quarante centimètres et cinquante kilos de muscles en plus. Ahurissant ! sexclama-t-il. Comment cela peut-il être possible ? Je les ai trouvé sanglés sur un lit, un goutte à goutte de survie dans la bouche et des électrodes sur la tête. Javoue que je nai pas demandé mon reste. Le labo de la PJ ma confirmé quil sagissait dun puissant hallucinogène vaudou. Francis Pugeol reprit : Pierre, tu dois déposer plainte contre Gilles Boris, pour enlèvement et séquestration et exiger une perquisition à son domicile. Et en sortant de la chambre, il ajouta : Jai la quasi certitude que leur vie nest pas en danger mais, pour plus de sûreté, nous pénétrerons tous les deux dans la maison par le sous-sol et surveillerons la pièce où Gilles Boris détient ton fils. On ne peut jamais prévoir la réaction dun cerveau dérangé. Pierre Tréson se leva. Allons-y tout de suite, il ny a pas un instant à perdre. Laisse ta voiture ici, je temmène. Ils quittèrent rapidement la propriété et se rendirent au commissariat. Linspecteur qui les reçut nen croyait pas ses oreilles. Foi de Truffons, si je ne vous connaissais pas je ne croirais pas un mot de cette histoire ! Je vais envoyer une patrouille tout de suite, dit-il en saisissant son téléphone. Pierre Tréson retint sa main. Non ! Vous allez dabord demander un mandat de perquisition en bonne et due forme, puis vous viendrez sonner chez Gilles Boris avec un collègue. Sa voix se fit pressante. Je ne veux ni voiture de police ni sirène, mon fils est à lintérieur de cette maison et sa vie est en danger. Linspecteur reposa le combiné, à regret. Vous avez raison, monsieur Tréson, excusez-moi. |
11
Le piège denfer Dès la disparition de Serge et de Matthieu, Jimmy, Sing Hian et Yasmina avaient bondi dans leur voiture, en direction de laéroport. Jimmy prit les commandes, ils décollèrent aussitôt et rejoignirent rapidement lusine atomique, elle était à moins dun quart dheure davion. Ils doivent déjà être à lintérieur, nous navons pas un instant à perdre, dit le géant roux. En survolant le bâtiment, ils aperçurent le ptérodactyle et plongèrent sur lui en tirant, loiseau les évita et riposta sans les atteindre. À linstant où Jimmy le reprenait en chasse, un nouveau monstre apparut à neuf heures. Sing tira et abattit le premier ptérodactyle, Jimmy redressa et se dirigea vers le second. Un troisième surgit alors, à six heures. Il faut faire vite ! Je parierais que Gilles Boris nous regarde et sest aperçu de son erreur, conseilla Sing Hian. Jimmy prit les deux oiseaux en enfilade et Sing tira quatre fois ; ils explosèrent tous les deux, presque ensemble. Il nen apparut pas dautre. Tu avais raison, nous lavons heureusement pris de vitesse. Il na sans doute plus la possibilité de les dupliquer maintenant, répondit Jimmy, soulagé. Posons-nous vite, nos amis ont sûrement besoin de nous. Il y avait une piste juste devant lusine, mais aussi un comité daccueil dune cinquantaine dhommes armés, en uniforme. Le géant posa lappareil, puis fit demi-tour. Sing Hian envoya trois tirs laser et tous les hommes sécroulèrent, fauchés. Joli coup ! On se serait cru au bowling. Cest à vous de jouer maintenant les garçons, nayez crainte je garde lappareil, dit alors Yasmina, dun ton si directif quils ne purent sempêcher de sourire. Fais-nous une bise pour nous souhaiter bonne chance, demanda Sing Hian. Elle sexécuta en riant et les regarda partir, lestomac serré par une terreur incontrôlable. Les deux champions quittèrent lappareil, enfilèrent leur combinaison antiradiation et pénétrèrent dans lusine par la porte principale. Lendroit était particulièrement sinistre et paraissait vide, ils choisirent un couloir au hasard et le parcoururent au pas de course. Tu crois que Serge et Matthieu sont ici ? Le bâtiment semble vide, cest étrange, demanda Sing Hian, soudain inquiet. Bien sûr quils sont ici. Où voudrais-tu quils soient ? répondit Jimmy. Lui aussi était inquiet. Matthieu et Serge avaient été téléportés au cur de lusine, ils se trouvaient sur un bloc de béton, entouré de fossés nauséabonds. Nous pouvons remercier nos amis de nous avoir fourni des combinaisons antiradiation. Nous ne devrions pas commencer le niveau ici, mais face à ce bloc, il devrait y avoir un mutant à cet endroit. Gilles Boris a donc pu modifier ta programmation ? demanda Matthieu, la voix chargée dangoisse. Non, il a seulement déplacé le point de départ. Jai créé un plan avec tous les personnages et les décors, il suffit de les glisser ailleurs. À cet instant, un monstrueux grognement retentit, et un mutant satyre apparut en face deux, sur lautre rive. Tu vois, il a juste inversé deux icônes, dit Serge, en tirant sur le monstre qui sécroula. Bon, nous ne pouvons pas rester ici, il est temps de tester nos combinaisons. Suis-moi, ajouta-t-il, en plongeant dans le liquide radioactif. Matthieu le suivit, à regrets, et constata que sa combinaison était parfaitement étanche. Ils se hissaient sur le quai, quand deux silhouettes connues apparurent, à langle dun couloir. Serge leur fit signe, heureux de les retrouver indemnes. Comment avez-vous donc fait pour arriver jusquici si vite ? demanda Matthieu à ses amis. Jimmy leur raconta tout en détail. Bien joué ! leur dit Serge. Maintenant, je vais vous expliquer les pièges de cet endroit infernal. Lusine est sur trois niveaux, dont un en terrasse, qui est devenu beaucoup moins dangereux, avec la disparition des ptérodactyles. Le niveau où nous nous trouvons est gardé par des mutants satyres, qui crachent des boules de feu particulières. Elles ont la faculté de rebondir sur les murs, à la manière dune boule de billard, et sont donc très meurtrières. Comment peut-on leur échapper, si elles nous suivent à la trace ? demanda Matthieu Nous sommes des férus de billard, sexclama Jimmy. Si nous calculons bien nos angles, il suffira dattirer ces bestioles à un point précis de la salle, pour quelles reçoivent la monnaie de leur pièce, par ricochet. Plausible, admit Serge en riant. Il reprit. Le second niveau est entièrement radioactif. Cest le cur de lusine, où se trouve la pile atomique. Il ny a pas un seul être vivant à lintérieur, mais uniquement des boules volantes, qui se mettent en chasse lorsquelles repèrent la chaleur humaine. Elles ne lâchent jamais leur proie, et il en existe une centaine à lorigine. Et comment peut-on les éliminer ? demanda Sing Hian. On peut les faire exploser en cinq tirs précis. Cela entend quil est impératif de recharger les lasers, et il ny a que deux recharges par niveau. Il faut donc les trouver en priorité ! Puis Serge ajouta. En ce qui concerne la terrasse, cest ici que lon trouve les « boss », comme on dit dans le jargon des concepteurs de jeux. Il sagit de pieuvres géantes, munies de laser sur chaque tentacules. Notre seul avantage est que ces monstres résident dans des bassins, et ne peuvent pas en sortir. Penses-tu quavec les surprises que nous avons amenées, nous pourrons nous en débarrasser ? demanda Sing Hian, en montrant un chapelet de puissantes grenades offensives. Peut-être, mais cest dangereux, il ne faudrait pas faire sauter la centrale atomique, lui répondit Serge, en réfléchissant. Il ne faudra en aucun cas les utiliser dans le grand bassin, il est juste au-dessus du noyau nucléaire. Allons-y ! Quon en finisse ! conclut Matthieu, en se dirigeant vers une sculpture. Il appuya dessus et ouvrit le premier passage. Ils pénétrèrent dans une salle immense et totalement lisse. Cinq mutants les chargèrent aussitôt. Dispersez-vous au deux tiers des murs, cria Jimmy. Et dès que ces bestioles cracheront leurs boules de feu, plongez à terre. Ils choisirent chacun le leur et lentraînèrent où ils voulaient, en tirant tous en même temps sur le cinquième qui explosa, maculant les murs. Les satyres en grognant, envoyèrent leurs boules de feu, et les quatre hommes se jetèrent au sol, en observant les boules qui ricochaient. Comme prévu, les mutants furent pris à leur propre piège et sauto-détruirent. Ils traversèrent cinq salles en répétant le même scénario, qui savérait moins fantaisiste quils auraient pu le penser au premier abord. La sixième salle avait un temple grec en son centre ; Serge et Matthieu comprirent aussitôt quil y avait une sauvegarde et une recharge, et entraînèrent leurs amis vers lédifice. Ils avaient à peine gravi les marches que trente mutants apparurent. Gilles en a rajouté. Dieu merci nous pourrons recharger les pistolets laser, sécria Serge. Attention aux boules de feu, plus question de billard maintenant, ajouta Matthieu. Ils tiraient comme des forcenés, rechargeant les pistolets laser régulièrement. Les cadavres dégageaient une odeur insupportable, et le temple commençait à sécrouler. Sauvegardez-vous ! hurla Jimmy. Nous avons besoin de vous ici. Rappelez-vous que si vous êtes touchés vous repartez à zéro. Une boule de feu latteignit au même moment et il sécroula, en sang. Ne vous occupez pas de moi, dit-il en perdant connaissance. Jessaye une pilule, cela marchera peut-être, cria Matthieu, en se précipitant vers son ami et en lui faisant avaler une pilule bleue. Le géant se redressa aussitôt, étonné. Serge et Matthieu se regardèrent, soulagés. Il ne restait plus un seul mutant vivant dans la salle, et ils continuèrent leur progression. Ils atteignirent un grand bassin nauséabond. Lentrée de létage supérieur se trouve au fond de ce bassin, prévint Serge. Heureusement, nous avons tous des combinaisons antiradiation. Méfiez-vous, dans ce liquide il y a quinze spectres et nous ne pouvons pas les repérer à lodeur, ils forment juste un halo bleu qui se discerne dans le liquide verdâtre, mais cest très aléatoire. Je propose que nous y allions seuls, dit Matthieu. Jimmy et Sing Hian nous couvriront en surface. Si nous mourons, nous revenons à la salle précédente, ce qui nest pas leur cas. Je suis daccord, renchérit Serge. Tirez du bord du bassin sur tous les reflets bleus et nous vous ferons signe lorsque la voie sera libre. Cela me semble correct, répondit Sing Hian. Nous vous surveillerons. Ils se mirent en position, pendant que leurs amis plongeaient dans le lugubre liquide. Les spectres attaquèrent aussitôt. Malgré leur combinaison, Matthieu et Serge encaissaient dur, et eurent beaucoup de mal à les repérer. Ils en tuèrent tout de même dix, avant de rejoindre lescalier, ils firent surface et rebroussèrent chemin pour rejoindre leurs amis. Nous en avons liquidé cinq, leur dit Jimmy. Le compte est bon, vous pouvez nous rejoindre, répondit Serge en leur faisant signe. Il en restait deux, non prévus, qui attaquèrent aussitôt. Serge et Mathieu se précipitèrent au secours de leurs amis et achevèrent les deux spectres. Sing Hian avait pris de mauvais coups et ils le soutinrent jusquà lescalier, puis Serge lui donna une pilule qui le ranima aussitôt. Lorsque vous aurez terminé cette aventure, vous nous donnerez vos pilules bleues, elles nous seront très utiles pour nos combats, plaisanta lasiatique. Ils sengagèrent dans lescalier qui menait à létage supérieur, un silence de mort y régnait. Soudain, un sifflement aigu déchira le silence, une boule métallique arrivait vers eux à grande vitesse. Un voyant clignotant rouge prouvait quelle avait repéré sa proie et un éclair bleuté vint frapper lendroit exact où se trouvait Serge, un dixième de seconde auparavant. Il avait plongé à terre et se retourna en faisant feu cinq fois, pulvérisant la sinistre boule dacier. Jimmy sétait redressé en gesticulant, sous le regard médusé de ses compagnons, il attira cinq boules qui se dirigèrent droit sur lui. Au dernier moment, le géant saccroupit et les cinq boules se télescopèrent brutalement et explosèrent. Il nen reste plus que quatre-vingts-quatorze, courage, dit-il en souriant, fier de sa ruse. La salle était vide et ils avisèrent une porte, marquée dune sculpture, que Matthieu actionna. Il savança dans un long couloir et une boule apparut aussitôt. Le jeune homme la pulvérisa puis trois autres à la suite. Il se recula brusquement et le porte se referma. Soucieux, il vérifia le niveau de charge de son pistolet laser. À ce rythme, mon pistolet laser est déjà presque vide et jai limpression quil y en a une grande quantité là dedans. Jai cru apercevoir un chargeur au fond du couloir, qui doit bien faire cent mètres. Ils se concertèrent un instant. Jai eu limpression que ces boules se dirigeaient sur une ligne parfaitement droite, à une hauteur bien précise, fit remarquer Sing Hian. Ils lobservèrent, cherchant à comprendre où il voulait en venir. Cest exact, elles circulent à un mètre soixante-dix. Elles sont prévues pour percuter un homme, qui mesure deux mètres dix, en plein cur, répondit Serge, en détaillant lasiatique. Tu mesures combien Sing ? Un mètre soixante exactement, je pourrais peut-être aller recharger les pistolets laser, sans que ces boules ne puissent matteindre Oui , mais elles sont sensibles à la chaleur humaine, jai peur quelles ne changent de cap Serge était inquiet. Gilles Boris navait pas pu modifier ces caractéristiques, elles étaient dans le programme informatique. Tu prends un gros risque Sing, mais nous allons faire un essai. Tu vas te positionner en avant de Matthieu et lorsquil tirera, tu tavanceras doucement, pour vérifier si les boules ne changent pas de cap. Fais très attention ! Matthieu appuya à nouveau sur la sculpture, Sing Hian juste devant lui. La porte souvrit et une nouvelle boule apparut, puis quatre encore. Lasiatique avait fait vingt mètres et les boules passaient au-dessus de sa tête, sans dévier dun pouce, il recula et se plaça à nouveau devant Matthieu. Lexpérience parait concluante, admit Serge. Tu penses vraiment pouvoir arriver jusquau fond du couloir ? Bien sûr ! répondit Sing Hian en saisissant le pistolet laser de Matthieu, qui était vide et en lui tendant le sien en échange. Il courut jusquau fond du couloir, rechargea larme et revint au pas de course, très pâle. Je vais devoir me taper plusieurs cent mètres, il y a au moins cinquante boules en suspension, bourdonnant à dix centimètres de ma tête. Javoue que cest très impressionnant. Prenant deux nouveaux pistolets laser vides, il repartit en courant. Tout en rechargeant il compta les boules, il en restait dix. Il rejoignait Matthieu et à cet instant, il entendit la porte se refermer, le jeune homme avait reculé sans sen rendre compte. Sing Hian tourna la tête, soudain inquiet. Cinq boules se précipitaient droit sur lui, attirées par sa chaleur. Il plongea en arrière, les évitant de justesse et tira, les touchant toutes. À cet instant, la porte souvrit à nouveau et les dernières boules survolèrent lasiatique, qui courut vers ses amis, le teint cadavérique. Excuse-moi Sing, jai reculé sans men rendre compte. Tu nas pas eu de problème au moins ? lui demanda Matthieu, qui bien sûr navait rien vu. Sing Hian lui expliqua la réaction des boules et son plongeon à la dernière seconde. Cétait ma plus grande inquiétude, avoua Serge, en tapotant amicalement lépaule de lasiatique. Ils sengouffrèrent tous les quatre dans le couloir, et rechargèrent leurs armes. Serge sonda les murs et trouva deux pièces secrètes, avec chacune cinq boules. Dans la première, il trouva une combinaison antiradiation. Il est bien temps, ricana-t-il. Dans la seconde il y avait de lor, inutile, quil offrit aux deux champions. Il restait encore une grande salle. Avant de louvrir, ils récapitulèrent le nombre de boules restantes, il devait en rester trente-quatre. Faites très attention, cette salle dispose dun étroit passage biscornu, cerné par du liquide radioactif, nous devrons progresser en file indienne. Le jeu étant à lorigine prévu pour un seul homme, je pense que nous naurons pas trop de difficulté. Nous en avons au maximum chacun neuf boules à toucher et nos pistolets laser sont chargés. Bonne chance ! recommanda Serge, en déclenchant louverture. Mais Gilles Boris avait modifié les données en dupliquant les boules et, plus grave, en glissant deux pieuvres géantes dans le bassin. Courez en tirant ! leur cria Serge. Les quatre hommes traversèrent la salle à toute vitesse, tirant au hasard. Les deux pieuvres se redressèrent à six mètres, au moment où les boules sactivaient. Elles étaient beaucoup plus hautes que les quatre hommes et attirèrent aussitôt le radar des boules meurtrières. Regardez ! Cest extraordinaire ! hurla Jimmy. Ils étaient arrivés à lautre extrémité de la salle et se retournèrent. Le monstrueux spectacle quils virent alors leur donna des sueurs froides. Les pieuvres avaient senti lattaque et dressé leurs tentacules, saisissant les boules qui arrivaient sur elles, à pleine vitesse, ensuite elles plongèrent. Au contact du liquide radioactif, les boules explosèrent, et des morceaux de tentacules volèrent dans la salle. Un silence de mort fit suite à ce vacarme. Il reste combien de ces sympathiques animaux de compagnie, Serge ? demanda Matthieu, en frissonnant. Si Gilles Boris ne les a pas dupliquées, il nen reste plus quune et ensuite le niveau est terminé, sans ptérodactyle, répondit-il. Noubliez-pas que si le monstre se trouve dans le bassin central, vous ne devez pas utiliser vos grenades offensives, ajouta-t-il en sadressant à Jimmy et à Sing Hian. Ils vérifièrent à nouveau le chargement de leurs pistolets laser, puis Serge actionna le poussoir qui commandait louverture. La dernière porte souvrit dans un grincement sinistre. Une surprise de taille les y attendait, et ils reculèrent rapidement, laissant la porte se refermer. Leur découverte les consterna. Jai évalué au moins cinquante hommes et trente mutants, nous ne pourrons pas traverser, sinquiéta Serge. Il saisit lordinateur portable, et le consulta fiévreusement. À dix mètres à gauche en sortant, il y a une salle qui contient un canon laser prévu pour lutter contre les ptérodactyles, seulement, avec cette armée dehors, atteindre lentrée parait aléatoire. Couvrez-moi et jirai, proposa Matthieu. Vous avez un chargeur laser à portée de main. Et le jeune homme actionna louverture de la porte, puis en tirant droit devant lui, il se précipita vers lentrée secrète. Ses amis ouvrirent un feu denfer, pour détourner lattention. Laffrontement dura plusieurs minutes, et un puissant jet laser leur confirma que Matthieu avait réussi. En douze tirs, il faucha tous les survivants. Cest le moment que choisirent les pieuvres pour attaquer, il ny en avait pas une, mais six. Matthieu dirigea son arme vers le bassin central, qui en contenait deux. Une rafale laser lui répondit, faisant sécrouler les murs autour de lui. Il était totalement à découvert et les six pieuvres avaient dressé leurs tentacules dans sa direction, concentrant leur tir. Jimmy et Sing Hian se précipitèrent et lancèrent leur chapelet de grenades dans les deux bassins latéraux, provoquant une explosion apocalyptique. Les deux pieuvres du bassin central orientèrent leurs tentacules vers les deux champions, qui avaient fait demi-tour à toutes jambes. Matthieu ajusta à nouveau son tir, et détruisit les deux monstres. Lultime bataille était terminée. Il sortit des ruines de sa cachette, un énorme canon laser sur lépaule. Les quatre hommes se regardèrent et scrutèrent le ciel, redoutant de nouveaux ptérodactyles. Il était rouge et vide, le soleil orange était haut et diffusait une chaleur intense. À cet instant, un vrombissement se fit entendre. Mais, cest notre avion ! sexclama Jimmy. Au même moment, trois ptérodactyles surgirent à hauteur de la terrasse et les quatre champions se jetèrent à terre. Matthieu ajustait son canon laser vers le premier oiseau, lorsque lavion apparut juste derrière lui et le toucha dun seul tir précis. Le monstrueux engin sécroula en flammes, dans lun des bassins latéraux, déclenchant une puissante explosion. Alors, lavion repartit droit vers le ciel, poursuivit par les deux derniers ptérodactyles. Yasmina nous avait dit quelle savait piloter, mais cest une virtuose, lança Jimmy, admiratif. La jeune fille avait entraîné ses poursuivants en plein ciel et brusquement, elle fit un impressionnant looping, se retrouva face à eux et les détruisit en enfilade. Puis en agitant les ailes, en signe de victoire, elle se posa comme si rien nétait. Les quatre amis, subjugués, traversèrent la terrasse en se frayant un passage parmi les cadavres, et rejoignirent un dernier boîtier marqué « Load », « Save » et « Escape ». Serge et Matthieu se sauvegardèrent, des lettres clignotantes indiquaient « Victory », la partie était terminée. Nous allons devoir vous quitter mes amis, je ne sais comment vous remercier pour votre aide. Nous ne nous en serions pas tirés seuls cette fois-ci, surtout sans combinaison antiradiation, dit Serge en rechargeant son arme instinctivement. Il sourit en regardant son pistolet laser, devenu inutile et le tendit à Sing Hian. Il te sera plus utile quà moi, maintenant ! Matthieu limita, en tendant le canon laser et son pistolet à Jimmy. Nous devons trouver un moyen de correspondre, ajouta-t-il. Nous avons trop daventures en commun pour nous quitter ainsi. Jai peut-être une idée ! renchérit Serge. Linformaticien sortit lordinateur portable de son sac à dos, chercha le programme adéquat et frappa rapidement : « De Planète rouge à Planète bleue par Piège virtuel ». Puis, il tendit lordinateur à Sing Hian. Je te le confie, en souhaitant que la liaison fonctionne. Une fois rentrés, nous essayerons de vous joindre, en utilisant le même mot de passe inversé : « De Planète bleue à Planète rouge par Piège virtuel ». Ainsi, nous pourrons peut-être communiquer. Nous vous jurons de ne jamais éteindre cet ordinateur, répondit lasiatique ému. Au même instant, Yasmina, souriante, apparut sur la dernière marche dun escalier extérieur. Alors, jeunes gens ? Vous ne pensiez pas que jaurais pu vous être utile Matthieu se précipita vers elle. Si tu veux que je tembrasse, retire dabord ta combinaison antiradiation, elle est toute verte ! rit-elle, en dévoilant ses dents blanches, étincelantes. Les quatre champions sexécutèrent et elle accepta leurs baisers, en insistant plus longuement pour Matthieu. Puis ils se congratulèrent tous chaudement, heureux davoir réussi cette impressionnante aventure. Adieu mes amis, dit enfin Serge. Nous devons vous quitter, jai le sentiment que lon nous attend sur la Planète bleue. Il paraissait très ému, et Matthieu ne pouvait détacher son regard des yeux violets de Yasmina. Les deux jeunes hommes se donnèrent la main en actionnant « Escape » et disparurent, dans un tourbillon de fumée bleue. La Planète bleue, tu crois quelle existe ? demanda Jimmy à Sing Hian, qui hocha la tête. Ce serait extraordinaire ! ajouta le géant roux, en regardant le ciel. Yasmina et Sing Hian firent de même en silence. |
11 Pierre Tréson et Francis Pugeol étaient entrés discrètement dans la propriété de Gilles Boris, sa voiture était toujours stationnée devant le perron. Ils se glissèrent dans le garage, un revolver au poing, et gravirent léchelle du conduit daération en silence. Le détective poussa doucement la grille, qui menait à la pièce où étaient séquestrés Matthieu et Serge Alès, puis jeta un il par le trou de la serrure de la porte de la salle informatique. Gilles Boris se trouvait devant son ordinateur et surveillait lécran mural, en ricanant. Alors mes chéris, êtes-vous bien installés sur votre piédestal entouré de liquide radioactif ? Cest étrange, vous navez pas lair affolé Mais, mais ! Où avez-vous donc trouvé ces combinaisons antiradiation ? Ce nest pas possible ! Et ils plongent ! Et qui sont ces deux hommes ? Vous avez lair de bien vous connaître Même à quatre, vous ny arriverez pas ! Pierre, atterré, regarda Francis Pugeol en écoutant linformaticien. Il est fou à lier. Il faut faire quelque chose ! murmura-t-il. Ne bougez pas, nous ne pouvons pas agir avant la fin de la partie, jen suis convaincu, répondit le détective à voix basse, en montrant les deux silhouettes étendues qui sagitaient. Nous les tuerions, vraisemblablement Lattente devint interminable, Gilles Boris avait repris son délire verbal. Avec les surprises que je tai réservées, tu ne reconnaîtras pas ton jeu Serge, mon très cher ami. Il rit à nouveau. Toi et tes acolytes, vous allez mourir dans cette usine et, de toute façon, même si par miracle vous terminez la partie, cest moi qui vous abattrait. Ici, vous navez pas de pistolet pour vous défendre. Le carillon de la porte dentrée tinta. Qui peut bien venir chez moi à cette heure ? Je nattends personne. Dailleurs, je nattends jamais personne, sétonna linformaticien en armant son pistolet. Puis il quitta la pièce. Pierre et Francis en profitèrent pour pénétrer dans la salle informatique et le détective se posta à la porte, tandis que le père de Matthieu regardait lécran intensément. Il reconnut son fils, qui tirait sur des boules meurtrières. Un petit homme asiatique courait dans un couloir et rechargeait un pistolet laser, puis il repartait en courant, plongeait et détruisait cinq boules à la suite. Pendant ce temps, Gilles Boris était descendu ouvrir la porte dentrée. Deux hommes se tenaient sur le perron, ils sortirent une carte en lapercevant. Inspecteurs Truffons et Jarret, vous êtes bien monsieur Boris ? Et comme linformaticien acquiesçait, le policier reprit. Une plainte a été déposée contre vous, pour enlèvement et séquestration. Nous avons un mandat de perquisition, veuillez nous laisser entrer monsieur, sil vous plaît. Sans répondre, Gilles Boris seffaça devant les inspecteurs, qui entrèrent dans le hall, sans méfiance. Alors, en levant son arme, il les abattit et monta en courant vers la salle informatique. Les imbéciles. Personne ne mempêchera de finir ce que jai entrepris ! hurla-t-il en se précipitant dans la pièce. Il sarrêta brutalement, le père de Matthieu lui faisait face, un revolver fermement pointé vers lui. Il leva le sien prêt à tirer. À ta place, je mabstiendrais, entendit-il, alors que le canon glacial dune arme sappuyait lourdement sur sa tempe. Il frissonna lorsque Francis larma, et laissa tomber son pistolet à terre, sa vengeance était terminée. Le détective lui passa les menottes et les fixa à un radiateur, puis il descendit secourir les deux inspecteurs. Heureusement, ils nétaient que blessés. Il remonta dans la salle informatique et appela le commissariat. Cinq minutes plus tard les sirènes de police, de pompiers et dambulances se faisaient entendre. Pierre se précipita dans la pièce voisine. Non ! cria Francis. Nous devons attendre la fin de la partie. Sils ne la terminent pas, dieu sait ce qui pourrait arriver Ils surveillèrent lécran, la peur au ventre, il y avait cinquante hommes armés et trente mutants satyres. Le père de Matthieu vit, avec angoisse, son fils courir sous les feux croisés, ouvrir un passage secret, et tirer sur ses adversaires avec un canon laser. Puis les pieuvres apparurent Deux pompiers, spécialistes de la réanimation, sétaient avancés à leurs côtés, subjugués, et regardaient la scène, en surveillant les écrans médicaux. Ne vous inquiétez pas, ils sont solides, ils vont sen sortir. Ils ont vraisemblablement appris à maîtriser leur self-contrôle. Effectivement les courbes spectographiques restaient raisonnables, malgré la tension que les deux jeunes hommes devaient subir. Une fois « Victory » affiché sur lécran, Francis savança vers lordinateur et léteignit. Il se dirigea ensuite vers la pièce voisine, suivi par Pierre et les deux pompiers, qui débranchèrent le cordon dalimentation de drogue et observèrent les deux jeunes hommes étendus, toujours inconscients. Ils sont en parfaite santé, nous allons les ranimer. dirent-ils en leur fixant des masques à oxygène. Il ne leur fallut effectivement que quelques minutes pour reprendre leurs esprits. Nous avons donc réussi Matthieu, dit Serge, en regardant son ami. Puis ils se levèrent péniblement et se dirigèrent vers lordinateur, que linformaticien redémarra. Mais que faites-vous ? sétonna Pierre Tréson. Vous navez tout de même pas lintention de faire une partie ? Non papa, plus jamais ! Mais nous avons un message à envoyer, le rassura Matthieu. Serge, attentif, regardait lécran sactiver, et lorsque « Piège virtuel » safficha, il composa rapidement : « De Planète bleue à Planète rouge par Piège virtuel/ Ici Matthieu et Serge/ Nous sommes sains et saufs/ Vous pouvez nous répondre/ À vous ». Sous le regard étonné de leurs sauveteurs, ils attendirent vingt cinq longues secondes, tendus. Soudain, lordinateur émit un double Bip, et un texte apparut sur lécran : « De Planète rouge à Planète bleue par Piège virtuel/ Ici Sing Hian, Yasmina et Jimmy/ Nous sommes ravis de vous savoir sains et saufs/ À bientôt sur la Planète rouge, qui sait ? ». Serge et Matthieu se congratulèrent. Génial ! Nous avons réussi à établir la liaison. Pierre Tréson, Francis Pugeol et les deux pompiers les regardaient sans comprendre. Nous vous expliquerons plus tard, si vous le voulez bien. Pour linstant, nous avons besoin de récupérer, en fait, nous sommes épuisés, ajouta simplement Matthieu. |
Épilogue Quinze jours avaient passé, et Matthieu était rentré chez lui. Serge venait souvent lui rendre visite, et ils commentaient leurs extraordinaires aventures. Matthieu sétait transformé, il avait grandi de dix centimètres et mesurait un mètre quatre-vingt, il avait aussi pris dix kilos de muscles et les entretenait tous les jours. Il avait délaissé les jeux vidéo, et apprenait méthodiquement la programmation, avec laide précieuse de Serge. Il espérait bien, lui aussi, devenir un expert en informatique. Linformaticien aussi avait changé. Il navait pas grandi, mais il avait pris du poids et sétait inscrit dans une salle de musculation. Il avait décidé de ne pas commercialiser son jeu, et travaillait les liaisons informatiques par satellite. Une petite voix lui soufflait quils reverraient peut-être leurs amis un jour. Tu crois que la Planète rouge est un monde réel, Serge ? demanda soudain Matthieu. Jaime limaginer, pourquoi pas après tout. Tu as envie dy retourner ? lui répondit son ami. Je peux savoir pourquoi ? insista-t-il en souriant. Matthieu répondit en rougissant. Vois-tu, il y a là-bas une adorable petite eurasienne qui ne mavait pas laissé indifférent. Reviens sur terre, mon vieux ! Des filles il y en a plein ici, et elles sont tout aussi délicieuses, rétorqua Serge en riant.
À trois cents millions de kilomètres de là, deux hommes et une jeune fille, à la beauté envoûtante, regardaient dans un immense télescope. |
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